L'article du mois

Bénédicte Ducatel, liturgiste

"Père, je proclame ta louange" par Bénédicte Ducatel, liturgiste

Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange » (Lc 10,21 ; Mt 11,25). À plusieurs reprises, l’Évangile nous montre Jésus tressaillant d’une joie profonde. Or le motif de cette joie n’est autre que le Père lui-même. Lorsqu’il envisage le Père, créateur et source de tout don, Jésus est saisi dans tout son être et laisse libre cours à l’expression de son amour qui a forme de louange. Avec le psaume 148*, nous entrons dans le déploiement de la louange de Jésus qui invite toute la création à partager cette attitude filiale et confiante.

 

Convoquer l’univers

Le Christ est ici maître de chant. Il invite l’univers tout entier à louer Dieu. Alléluia est le premier mot du psaume comme il en est la conclusion. Jamais traduit, alléluia exprime la louange la plus vive, la jubilation indicible qui jaillit du cœur de l’homme devant la grandeur de Dieu et son œuvre de salut. Le Christ, qui seul connaît le Père, peut prononcer en plénitude cet alléluia dans lequel il entraîne toute la création. Car ce sont bien tous ses anges, tous les astres, tous les abîmes, toutes les collines, tous les cèdres, tous les troupeaux, tous les peuples, tous les juges, tous les jeunes, les vieillards et les enfants, tous, sans exception qui sont convoqués pour louer le Seigneur reconnu comme créateur. Sur son ordre ils furent créés pour rendre grâce en tout temps.

 

Louange dominicale

L’Église nous donne de prier le psaume 148 le dimanche matin, heure de « louange du matin, pour consacrer à Dieu les premiers mouvements de notre âme et de notre esprit** », mais aussi et surtout heure où est évoquée la résurrection du Christ. La louange dans laquelle nous entrons avec le Christ est celle de la création réconciliée, enfin libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu (Rm 8,21). Le psaume 148 rassemble en un seul élan le cri de joie de la création et son admirable recréation par l’indissociable mort-résurrection-glorification du Christ. Nous sommes donc pris dans le mouvement du salut, qui part de l’origine et nous conduit à l’éternité par le Christ, notre unique chemin.

 

Louange, chant d’éternité

Qu’ils louent le nom du Seigneur, le seul au-dessus de tout. C’est bien à cette exultation que le Christ nous conduit. Allégresse du salut, Magnificat de la création unifiée par la résurrection, capacité à reconnaître l’auteur de la vie dont la Parole nous a posés pour toujours sous une loi qui ne passera jamais, celle de son amour sauveur qui nous relève, celle de sa miséricorde qui nous rétablit dans la communion. Jésus nous révèle l’attitude primordiale des fils de Dieu : proclamer la louange du Père. Avec le psaume 148, nous prenons notre place dans le concert de louange que lui-même conduit à la gloire du Père. Louez, louez, louez Dieu ! Alléluia ! 

 

*. Dimanche III, matin. Le 5 novembre dans MAGNIFICAT, p.89.

 

**. Saint Basile le Grand, cité dans PGLH, n° 38.