L'article du mois

Bénédicte Ducatel, liturgiste

Tu es avec moi par Bénédicte Ducatel, liturgiste

L’intelligence de la prière des Heure

Il est un psaume qui, mieux que n’importe quel autre, traduit la plénitude du don de Dieu. Un psaume que nous avons l’habitude de prier en y contemplant l’oeuvre de Dieu pour nous, en y découvrant la douceur qui nous attend dans la maison du Père, et en y reconnaissant les moments de l’initiation chrétienne – baptême, confirma­tion et eucharistie. Un psaume dont le premier verset habite nos mémoires, refrain souvent repris par tout un peuple de croyants : Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien.

 

Derrière le voile

 

Le psaume 22 (p. 380), par sa poésie pastorale, installe le priant dans un sentiment de confiance. Volontiers, nous nous mettons dans la peau du psalmiste rendant grâce pour les immenses bienfaits dont Dieu le gratifie en ce monde en vue de la vie éternelle. Nous nous laissons ber­cer par les mots qui nous rassurent. La mort, les ravins, les ennemis se dérobent derrière le voile sécurisant d’un bonheur si bien mis en scène. Mais il ne faut pas s’y trom­per, derrière l’évocation apaisée des prés verdoyants et des sources bienfaisantes se joue un combat auquel nous participons, mais dont Dieu seul est victorieux. C’est lui qui mène le jeu, et il agit en tout pour l’honneur de son nom.

 

Thème scripturaire

 

Le psalmiste a peut-être traversé une épreuve person­nelle, il peut aussi parler au nom de toute la communauté rendant grâce après le retour de l’Exil. Ce qui est sûr c’est qu’il est pétri des textes sacrés. Il poétise l’annonce du berger faite par Ézékiel : Voici que moi-même [le Seigneur Dieu], je m’occuperai de mes brebis. […] C’est moi qui ferai paître mon troupeau (Ez 34, 11.15). Ainsi, le psaume a pour objet l’annonce eschatologique d’un pasteur qui combattra les puissances du Mal qui s’attaquent aux brebis, et conduira ces dernières en un lieu de repos paradisiaque. En présentant la figure du pasteur, les prophètes annonçaient l’action future de Dieu lui-même. Un futur que Jésus actualise en se présentant comme le bon pas­teur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis (Jn 10, 11). Une manière de se déclarer Dieu.

 

Prier en contemplant le Christ

 

La liturgie des Heures inscrit le psaume 22 le dimanche au milieu du jour, cette heure que traditionnellement l’Église rattache « à la mémoire de la passion du Seigneur et de la première propagation de l’Évangile » (Présentation générale de la Liturgie des Heures, n° 75). L’action de grâce devient alors celle du Christ que le Père a soutenu dans sa traversée de la Passion où, librement, il donne sa vie pour que nous entrions à sa suite dans la maison du Seigneur. Mais le message de la foi nous assure aussi que le festin auquel Jésus notre berger nous conduit s’accomplit de manière anticipée dans les sacrements, les eaux qui nous font revivre, le parfum de l’onction et la table eucharistique. Prier le psaume 22 nous place dans l’aujourd’hui de l’action de Dieu qui, fidèle à sa parole, nous conduit jour après jour jusqu’au banquet céleste.