Facebook Pixel

L'article du mois

L’intelligence de la prière des Heures par Bénédicte Ducatel

Le temps du passage 

Parce que la liturgie des Heures est avant tout la prière que le Christ uni à la communauté des hommes fait monter vers son Père, elle est passage de l’humanité vers la divinité.

La liturgie du passage

Pour entrer en liturgie, que l’on aille rejoindre une ­communauté ou que l’on soit chez soi, voire dans le train avec son Magnificat, il est nécessaire de marquer une rupture entre nos activités et la prière. Le déplacement physique vers un lieu, ou le changement d’intention entre travailler et prier, implique un déplacement intérieur, un passage du quotidien à la prière, un passage de soi à Dieu. Dans ces moments de passage, nous faisons l’expérience du mystère pascal, même de manière infime. Nous passons par une mort à nous-mêmes pour entrer dans la vie que Dieu nous offre. Cela ne se fait pas toujours sans combat, dont l’entrée dans le mystère pascal n’est jamais exempte.

Il nous faut donc mourir pour vivre. Mais la vie que nous recevons ne nous appartient pas, nous n’avons pas d’emprise sur elle, nous la recevons, aussi apprenons-nous la « dé-maîtrise » et la confiance : c’est Dieu qui mène la prière. Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange (Ps 50, 17), demandons-nous au Seigneur, car il nous l’a assuré : Ouvre ta bouche, moi, je l’emplirai (Ps 80, 11). N’est-ce pas là le chemin ordinaire de la vie chrétienne, se laisser modeler de l’intérieur pour devenir devant nos contemporains d’autres christs porteurs de la vie de Dieu ?

Passer de gloire en gloire

Si la prière nous prend dans le monde pour nous amener, avec le Christ, en présence du Père, il faut aussi, à un moment donné, passer à nouveau de ce lieu de gloire vers le monde où Dieu nous envoie témoigner de sa bonté. Illuminés par la grâce reçue dans la prière – que nous en ayons conscience ou non –, nous retournons à nos activités en portant avec nous cet éclat de gloire divine qui transfigure toutes choses : notre être au monde en est transformé. Nous ne revenons pas au point que nous avons quitté, nous rentrons dans le monde en ayant fait un pas vers le Royaume. Transformés, régénérés, nous vivons le temps présent de manière nouvelle.

Plus encore, en nous laissant travailler par les psaumes qui nous parlent du Christ et nous révèlent à nous-mêmes comme pécheurs bénéficiaires du pardon et de la vie, en prenant en compte les tristesses et les angoisses des hommes autant que leurs joies et leurs espoirs, nous permettons au monde de se tenir devant Dieu à chaque fois que nous-mêmes, membres du corps du Christ, nous tenons dans la prière notre devoir de louange, tout en intercédant pour le monde.

Il y va de la résurrection de notre monde, que nous participions à la prière même du Christ à travers la liturgie des Heures. En passant avec le Christ, en partageant sa Pâque – son passage – qui nous ouvre le ciel, nous faisons avancer le monde vers sa plénitude. La liturgie des Heures nous le fait proclamer dans la foi et nourrit notre espérance de connaître la joie éternelle.