L'article du mois

Bénédicte Ducatel, liturgiste

La confiance du Christ par Bénédicte Ducatel, liturgiste

Depuis l’antiquité chrétienne, le psaume 4 est chanté au moment du coucher, sans doute à cause du verset 9 : Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors. Avec le psaume 90, il constitue le socle de la prière des complies où les moines en alternent le chant un soir sur deux, et les associent le dimanche. La liturgie des Heures nous le fait chanter le samedi à complies, et dans Magnificat, en plus des complies, nous le trouvons, selon le cycle des semaines, un samedi à la prière du soir (p. 55).

Réponds-moi

Le psaume s’ouvre sur un appel au secours : Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice ! Ce cri de tout l’être, nous n’avons aucun mal à l’imaginer dans la bouche de Jésus au moment d’entrer dans sa Passion. Il fait écho à la prière à Gethsémani et possède cette intensité drama­tique de l’ultime recours dans la détresse. Mais le cri du psalmiste que Jésus reprend à son compte, et nous à sa suite, n’a de sens que parce qu’il s’adresse à ce Dieu qui est justice, ce Dieu qui écoute la prière et libère l’homme dans la détresse. C’est pourquoi, jailli du plus profond de l’âme, il s’illumine de l’acte de foi du juste : Faites confiance au Seigneur ! La réponse est inscrite dans la foi.

La place du juste

Elle est étrange dans la bouche de Jésus, cette phrase que l’on croirait sortie de celle du Père : Fils des hommes, jusqu’où irez-vous dans l’insulte à ma gloire ? Et pour­tant, justement, ce sont bien les fils des hommes qui ont arrêté, enchaîné, insulté le Christ dont ils méprisaient la gloire cachée à leurs yeux d’aveugles, préférant l’amour du néant et la course au mensonge. Mais Dieu a mis à part son fidèle, ce juste qui fait silence devant le dessein du Père, ne pèche pas et se tient dans la crainte, c’est-à-dire dans l’amour fidèle, source du bonheur.

Le bonheur

Mais : « Qui nous fera voir le bonheur ? » Le bonheur est-il donc palpable ? A-t-il une matérialité ? Non, dirons-nous, le bonheur est un sentiment dont on peut voir les effets, mais impossible de le prendre par la main ! Est-ce si sûr ? Le bonheur a le visage de Dieu nous dit le psaume : Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage. Ce visage qui se révèle en Jésus, vrai Dieu et vrai homme. Ce visage qui met dans notre coeur plus de joie que tout ce que nous pouvons faire. Ce visage du Ressuscité qui nous assure que Dieu entend toutes prières. Alors, avec Jésus qui s’endort couché sur la croix, nous pouvons reprendre les mots de la foi : Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d’habiter, Seigneur, seul, dans la confiance.

Prier

Ce n’est pas sans raison que nous prions ce psaume le samedi soir, alors que nous sommes dans la vigile du dimanche, où nous fêtons la résurrection du Christ. Chaque dimanche est une Pâque et s’endormir dans la paix, c’est croire que Dieu nous prend dans la résurrection de son Fils. Telle est la réponse à la prière instante que nous faisons monter vers le Père : Quand je crie, réponds-moi, fais-moi vivre de la vie nouvelle et éternelle de ton Fils.