L'article du mois

Bénédicte Ducatel, liturgiste

L’œuvre de Dieu par Bénédicte Ducatel, liturgiste

L’intelligence de la prière des Heures

Le Psautier conserve certains trésors de la littérature religieuse auxquels le Christ lui-même a donné leur signi­fication ultime. C’est le cas du psaume 21 dont le pre­mier verset résonne avec force à nos oreilles parce qu’il jaillit des lèvres du Christ en croix : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Abandon

Le psalmiste ose crier sa souffrance devant le Dieu saint en qui toutes les générations précédentes ont mis leur espérance, et une espérance comblée puisqu’à chaque fois, affirme-t-il, quand ils criaient, ils échappaient. C’est au creuset de cette confiance que monte le cri du psal­miste, non pas un petit cri intimidé, mais le cri extrême et violent qui prend forme dans les mots qu’il rugit. Et voilà que cette violence monte au coeur de la prière, de la prière du Christ, et par là même de notre propre prière. Nous sommes convoqués par le psalmiste à entrer dans ce mouvement de liberté devant Dieu, à faire nôtre la détresse des hommes et des femmes qui interpellent Dieu parce que la joie de sa présence s’est estompée, parce que leur vie devient insupportable. Ce motif de l’absence scande la première partie du psaume : Le salut est loin de moi. Ne sois pas loin, ne sois pas loin, avec pour corrélatif, l’angoisse et la mort.

Cette déréliction que le Christ a connue et assumée nous est proposée comme un chemin spirituel. Tous nous connaissons, ou avons connu, des situations difficiles où le

silence de Dieu interroge notre foi : J’appelle tout le jour, et tu ne réponds pas. Et si nous reconnaissons la passion du Christ, bafoué, moqué, transpercé, dévêtu, etc., à tra­vers les mots du psaume, c’est aussi l’angoisse de tout homme devant la mort qui se fait jour. Dans l’acte de la prière, il nous est alors proposé de laisser surgir du fond de nous-mêmes cette angoisse partagée par le Christ, et les mots du psalmiste nous y aident.

Réponse

Sans transition, le psalmiste passe de l’appel douloureux à l’inouï : Tu m’as répondu ! Rien n’est dit du mode de la réponse, mais le salut désiré, c’est-à-dire la libération de tous les maux, préalablement inaccessible, devient réalité tangible : Dieu n’a pas rejeté le malheureux. La confiance, posée comme socle pour appuyer le cri de l’angoisse ou de la révolte, retrouve sa place centrale : Moi, je vis pour lui. Si les pères n’étaient pas déçus, le psalmiste, lui, devient le chantre de la bonté de Dieu : Tu seras ma louange dans la grande assemblée. L’expérience de tout Israël se renouvelle pour lui. Et pour nous, l’expérience du Christ, le passage de la mort à la vie, devient réalité.

Prière

Par le baptême, nous sommes passés de la mort à la vie – expérience lointaine pour la plupart d’entre nous dont nous avons peu conscience – et dans la prière, nous actualisons cette expérience. Le psaume 21 nous donne, selon son mode propre, de participer au mystère pascal du Christ. Il ancre en nous la certitude du salut donné par Dieu par-delà les épreuves : Voilà son oeuvre !