L'article du mois

Bénédicte Ducatel

L’intelligence de la prière des Heures par Bénédicte Ducatel

Tendus vers l’à-venir divin

Nous avons vu le mois dernier qu’à travers la liturgie des Heures, l’Église intercède pour le salut du monde et, ce faisant, elle appelle concrètement la fin de ce temps et l’ouverture au monde nouveau promis par Dieu. Ainsi, baptisés dans la mort et la résurrection de Jésus, devenus citoyens des cieux selon les mots de saint Paul au Philippiens (3, 20), nous sommes non seulement en phase avec la liturgie céleste, mais nous rendons compte devant le monde de la venue du Royaume, déjà présent lorsque nous prions la liturgie des Heures.

Le ciel à notre portée

Le Christ « a introduit dans notre exil terrestre cet hymne qui se chante éternellement dans les demeures célestes », affirme le Concile en parlant de la liturgie des Heures et, poursuit-il, pour accomplir cet office, « il s’adjoint toute la communauté des hommes et se l’associe dans ce divin cantique de louange ». Ainsi, chanter les Heures nous rend participants au chant qui jaillit au cœur de la Jérusalem céleste. Nous ne sommes pas seuls, ni même en communauté, à faire monter notre prière, nous sommes avec le Christ assis dans la gloire, et nous ­unissons nos voix à la sienne.

L’hymne de la prière du matin du mercredi II nous invite à poser ce regard d’espérance sur notre prière quotidienne : « Tel un brouillard qui se déchire et laisse émerger une cime, ce jour nous découvre, indicible, un autre jour, que l’on devine. Tout rayonnant d’une promesse, déjà ce matin nous entraîne, figure de l’aube éternelle sur notre route quotidienne. » C’est au cœur de la prière que se dévoile à nous cet « autre jour que l’on devine », porteur de la promesse faite à tout baptisé d’accéder par le chemin de sa « route quotidienne » à « l’aube éternelle ». Seule la prière nous ouvre la porte du ciel, nous fait respirer l’air vivifiant du Royaume auquel nous appartenons, en espérance.

Un appel

Si au cours de nos journées, nous pensons peu à désirer la venue du Christ, la fête de la Toussaint, les lectures des derniers dimanches du temps ordinaire et la prochaine entrée en Avent sont autant de rappels et d’invitations à désirer cette venue définitive.

Étendant aux différentes heures du jour le cri qui retentit en chaque eucharistie : « Viens, Seigneur Jésus ! », la liturgie des Heures nous donne à « voir dans ce jour qui s’avance, l’espace où mûrit notre attente du jour de Dieu ». Plus nous serons attentifs, dans la prière à cette dimension eschatologique – la venue du Christ –, plus nous apprendrons à être tendus vers le Seigneur qui vient, et plus nous découvrirons comment être, avec toute l’Église, cette Épouse en attente de son Époux. Certes, parfois, nous craignons quelque peu cette venue parce que nous l’imaginons terrible et que nous ne nous sentons pas prêts. Mais depuis notre baptême, avec une constante attention, le Christ nous prépare à l’accueillir. La prière des Heures nous conforme peu à peu à sa ressemblance, si bien que nous pouvons avancer avec confiance à la rencontre du Christ, notre espérance.