L'article du mois

Bénédicte Ducatel

L’intelligence de la prière des Heures par Bénédicte Ducatel

Source de vie spirituelle

La prière des Heures, en tant que liturgie, est par essence un acte communautaire, un acte de l’Église en prière. Elle est par là même source de vie spirituelle et fondement de la prière personnelle. « Liturgie des Heures et prière personnelle ne peuvent être opposées », écrivait Paul VI dans la constitution Laudis canticum (1), qui promulguait l’office divin à la suite de la réforme du dernier concile.

Une source

Se tenir face à Dieu dans l’oraison n’est pas chose facile, et beaucoup, après une certaine exaltation de commençant, s’arrêtent en chemin, faute de savoir où diriger leurs pensées et leur cœur. La prière personnelle « doit puiser un aliment continuel », poursuit Paul VI, dans la liturgie des Heures, dans son riche contenu, les psaumes, bien sûr, qui nous donnent d’être unis au Christ priant son Père, mais aussi « les lectures et les prières de la liturgie des Heures [qui] constituent une source de vie chrétienne. En effet, c’est à la table de la Sainte Écriture et des paroles des saints que cette vie se nourrit (2) ».

À chacun de puiser dans l’office la matière vivante de sa prière, car la prière de l’Église n’est pas faite pour être prononcée du bout des lèvres, elle nous prend de l’intérieur pour nous conduire au Père. Encore faut-il la vivre – en communiant à l’acte rédempteur du Christ – et en vivre – en lui faisant porter des fruits de vie chrétienne.

Une pédagogie de la prière

En priant la liturgie des Heures, même « adaptée » selon les « temps, les modes et les formes qui correspondent le mieux à la situation spirituelle de ceux qui y participent (3) », nous découvrons quelle pédagogie de la prière l’Église nous donne. En effet, elle nous apprend le mouvement de toute prière qui s’enracine dans la louange et la glorification de Dieu pour ensuite s’ouvrir à l’intercession pour le monde. Mouvement synthétisé dans la prière du Notre Père, prière enseignée par le Christ lui-même comme le modèle de toute prière, et qui, justement, rassemble toute la prière de l’office dans un acte de communion ecclésiale. Ainsi, nous comprenons que l’acte de la louange, portée par l’hymne et les psaumes, est le lieu d’ouverture à la grâce de Dieu, le lieu de la dépossession de soi qui nous fait entrer dans le sacrifice de louange du Christ : Tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens » (Ps 39, 7-8). Et le sacrifice de louange, consommé sur la croix, présente au Père toutes les prières de l’humanité.

L’Église se veut maîtresse de vie spirituelle et pour ce faire, elle nous donne la liturgie des Heures « par laquelle, en esprit d’amour », nous nous mettons « au service de Dieu et des hommes, en adhérant à l’action du Christ (4) ». Nourrie à une telle source, la prière personnelle peut s’épanouir et, en retour, faire de la liturgie des Heures une prière vivante.

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1. 1er novembre 1970.

2. Présentation générale de la Liturgie des heures, n° 18.

3. Laudis canticum.

4. Ibid.