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L'article du mois

L’oraison psalmique du psaume 12 par Bénédicte Ducatel

« Avec ton Serviteur souffrant, nous crions vers toi, Seigneur notre Dieu : ne nous oublie pas plus longtemps ! Avec ton Fils endormi dans la mort, nous te disons notre confiance : nous sommes sûrs de ton amour ! Avec lui ressuscité dans ta lumière nous pouvons te rendre grâce : tu es un Dieu Sauveur ! »

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L’oraison qui accompagne le psaume 12 nous fait entrer dans le mystère du Christ, utilisant les mots du psaume en leur donnant un développement qui exprime les réalités chrétiennes. Si l’oraison s’adresse au « Seigneur notre Dieu » en écho au verset 4 du psaume, Seigneur mon Dieu, elle prend le chemin de la prière chrétienne qui passe toujours par le Fils, unique chemin vers le Père. Mais ce Fils est manifesté sous son aspect de « Serviteur souffrant », selon le vocable tiré du livre d’Isaïe (cf. Is 52, 13 à 53, 12). Ainsi, en communion avec le Serviteur souffrant, « nous crions vers […] notre Dieu : ne nous oublie pas plus longtemps » !

Plainte

Si l’oraison, dans sa concision, se contente de nous faire demander de n’être pas oubliés « plus longtemps », le psalmiste, lui, insiste à quatre reprises : Combien de temps, Seigneur ? (v. 2-3). Il nous est loisible d’imaginer le Serviteur souffrant se tourner vers son Père au cœur de la Passion : Combien de temps vas-tu m’oublier ? Combien de temps aurai-je l’âme en peine ? (v. 2.3). Jésus, en arrivant à Gethsémani, ne dit-il pas à ses disciples : « Mon âme est triste à en mourir » (Mt 26, 38) ? Cette longue souffrance intérieure trouve son comble dans le supplice de la croix : Mon ennemi sera-t-il le plus fort ? (v. 3). Ces cris de l’homme souffrant s’entremêlent à la prière de confiance : Regarde, réponds-moi […], garde-moi du sommeil de la mort (v. 4). Ce n’est pas contradiction que la formule de l’oraison : « Avec ton Fils endormi dans la mort », il faut, bien au contraire, y voir l’expression de la foi, car si le Fils s’est « endormi dans la mort », comme Lazare son ami, c’est « pour que vous croyiez » (Jn 11, 15) que Dieu peut tout accomplir. Il s’agit donc d’un appel à la confiance : « Nous sommes sûrs de ton amour ! » dit l’oraison et moi, je prends appui sur ton amour, dit le psalmiste (v. 6).

Action de grâce

À la supplication du psalmiste : Donne la lumière à mes yeux (v. 4), répond l’affirmation de l’oraison : « Avec lui ressuscité dans ta lumière », qui consonne avec le chant du serviteur d’Isaïe : Par suite de ses tourments, il verra la lumière (Is 53, 11) et suscite l’action de grâce : Je chanterai le Seigneur pour le bien qu’il m’a fait (v. 6). Et ce bien n’est rien d’autre que le salut, car vraiment Dieu « es[t] un Dieu Sauveur ». Ce ne sont pas les nombreux adversaires qui peuvent crier : « Victoire ! » (v. 5), mais bien les fidèles qui, ayant traversé le long temps de l’épreuve, connaissent la joie du salut et peuvent en rendre grâce : Dieu ne les a pas oubliés !

1. PGLH, n° 22.