L'article du mois

Bénédicte Ducatel

L’intelligence de la prière des Heures par Bénédicte Ducatel

Une épiphanie de l’Église 

Dans sa lettre pour le 25e anniversaire de la constitution sur la liturgie, le pape Jean-Paul II écrivait : « Le Concile a voulu voir dans la liturgie une épiphanie de l’Église : elle est l’Église en prière1. » « Épiphanie » est à comprendre, non en lien avec la fête qui suit Noël, mais en lien avec l’origine grecque de ce mot, phainein qui signifie « manifester ». De même que le Christ a été manifesté au monde lors de sa venue, la liturgie donne à voir l’Église en prière, elle la manifeste.

 Le Christ et l’Église

L’Église ne se comprend pas séparément du Christ, elle lui est intimement unie comme le corps à la tête, à tel point que le dernier concile rappelle qu’elle est « à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l’action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère2 ». Lorsque Jean-Paul II parle de la liturgie comme « épiphanie de l’Église », il indique une voie de compréhension de la liturgie : être l’expression de la nature même de l’Église. La liturgie des Heures reçoit là ses lettres de noblesse, elle qui est définie comme la prière de l’Église.  

Un corps rassemblé

Qui cherche à rencontrer l’Église ne peut le faire que lorsque celle-ci se rassemble pour la prière. Il n’y a d’Église qu’assemblée, même si cette assemblée n’est pas permanente. Dans l’acte de la prière, c’est lorsque nous passons de notre « je » personnel au « nous » de la communauté que le visage de l’Église se dessine. Certes, nous ne sommes qu’une portion d’Église – parfois fort limitée – rassemblée dans un lieu, mais nous sommes réellement Corps du Christ. Il nous faut alors être à l’écoute de ce qui se passe dans la célébration pour toucher du doigt le mystère de l’Église.  

Rassemblés par la Parole

Si nous nous sommes rassemblés, c’est en réponse à un appel premier de Dieu qui nous veut en communion avec lui par son Fils Jésus Christ, qui se tient là, « présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures3 ». La liturgie des Heures rend visible le grand dialogue entre le Christ et l’Église. Sans cesse y est reprise et revivifiée la proposition d’alliance et de communion entre Dieu et son peuple. En s’appropriant les mots du Christ dans la psalmodie, nous répondons au Père qui nous parle, mais nous nous inscrivons aussi dans la longue tradition de prière de l’Église qui poursuit l’œuvre du Christ dans le monde. Nous prions comme et avec lui, nous nous offrons comme et avec lui pour prononcer la parole des fils de Dieu : « Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté. » La liturgie des Heures ne nous met pas en face du Christ et de l’Église, elle nous situe à notre place de baptisés à l’intérieur de l’Église qu’elle révèle et manifeste comme peuple en marche vers le Royaume, peuple de prêtres, de prophètes et de rois, louant son Seigneur et intercédant avec lui pour le monde. 

 

1. Constitution sur la liturgie, n° 9. 

2.  Idem, n° 2. 

3. Idem, n° 7.