L'article du mois

L’intelligence de la prière des Heures par Bénédicte Ducatel

Eucharistie déployée

Posé entre nos mains, la Liturgie des heures est un livre. Silencieux par essence. De ce contenant, il faut passer au contenu, non seulement par la lecture, qui pourrait n’être qu’une simple prise de connaissance d’un texte, mais par l’énonciation vive dans le temps et dans l’espace, par une assemblée de baptisés, ou même par une personne seule. C’est à ces seules conditions que la Liturgie des heures peut être dit « livre de l’Église en prière » car son contenu – mots, gestes et rubriques – devient, dans l’acte de la célébration, la prière de l’Église.

Donner vie

Lorsque nous prononçons les paroles inscrites dans le livre, la parole devient active et elle touche le cœur des participants, parce que d’abord elle touche leurs oreilles, d’où l’importance de prier la liturgie à haute voix, même dans la solitude. Le livre trouve son utilité et sa raison d’être au moment où nous entrons dans la dynamique de l’action liturgique dans laquelle nous sommes engagés. Il la sous-tend et la permet en lui offrant un cadre qui concoure à l’unité de la prière et à la communion de ceux qui prient. En suivant le parcours tracé par la Liturgie des heures, nous sommes sûrs d’avancer au même rythme parce que le livre ordonne, au sens de mettre en ordre, ce qu’il est juste de dire et de faire (sans raideur ni contrainte) pour que la vie de Dieu, jaillie du mystère pascal du Christ, s’écoule dans l’assemblée et lui donne de porter du fruit. 

Dynamique eucharistique

La liturgie des Heures qui « étend aux différents moments de la journée, la louange et l’action de grâce […] contenues dans le mystère eucharistique (1) » n’apparaît pas comme une forme de prière en soi, détachée de tout lien eucharistique, mais bien comme le prolongement dans le cours du temps de la célébration eucharistique. L’eucharistie, au sens étymologique d’action de grâce, n’est pas enfermée dans le temps de la messe, elle déploie sa virtualité d’heure en heure, et de jour en jour.

Tout comme la messe, la prière des Heures est la prière publique de l’Église, puisqu’il s’agit d’une « liturgie », une action conjointe du peuple et de Dieu. C’est l’Église tout entière, rassemblée en « un seul corps et un seul esprit dans le Christ » (PE III), qui loue Dieu et intercède pour le salut du monde.

À la messe, juste avant la prière sur les offrandes, le célébrant principal invite l’assemblée : « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église » et nous répondons avec la belle formule qui énonce le sens de l’offrande salvifique du Christ : « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde. » La liturgie des Heures ne nous fait pas prononcer ces mêmes paroles, mais elle nous les fait mettre en pratique, puisque les mots de la prière, en passant sur nos lèvres, deviennent « la prière du Christ que celui-ci, avec son corps – c’est-à-dire avec nous, peuple rassemblé – présente au Père (2) ». Dès lors, l’eucharistie et la liturgie des Heures apparaissent comme un diptyque de prière inséparable parce que lié au même acte « eucharistique » du Christ.

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1. Présentation générale de la Liturgie des heures, n° 12.

2. Constitution sur la liturgie, n° 84.