L'article du mois

Bénédicte Ducatel

L’intelligence de la prière des Heures par Bénédicte Ducatel

L’hymne en bonne place

De tous les éléments qui composent la Liturgie des heures, l’hymne est de loin le plus original. Sa forme, comme création poétique de l’Église, détache l’hymne de l’ensemble scripturaire – psaumes, cantiques et lectures – et des prières – oraisons et intercessions.

Un élément original

En Occident, l’hymne est définitivement entré dans l’office à partir du xiie siècle, mais sa place, comme on peut le lire dans la règle de saint Benoît, n’était pas la même selon les offices. Cette différence de place, et donc de fonction, s’est maintenue jusqu’au concile Vatican II où la réforme a clairement assigné l’hymne au début de l’office : « La liturgie des Heures est réglée par ses lois propres ; […] elle est construite de manière à comprendre toujours, après l’hymne d’ouverture, la psalmodie, puis une lecture […], enfin des prières1. » Cette structuration voulue par le Concile faisait entrer tous les offices dans une dynamique commune où l’hymne recevait une fonction d’ouverture.

Un porche d’entrée

Quelle que soit l’Heure célébrée, les hymnes sont « destinées expressément à la louange de Dieu », elles « entraînent et attirent les âmes à célébrer pieusement2 ». Elle joue un rôle moteur, un rôle d’entraînement ; il s’agit d’entrer en liturgie, mais plus précisément d’entrer dans cette œuvre de la rédemption qui s’exerce dans la liturgie. Or, si l’hymne est bien l’expression du chant de la vie nouvelle qui déborde de nos cœurs, elle en manifeste l’incursion et la présence au sein de l’assemblée. En prêtant ses lèvres au chant de l’hymne, l’assemblée laisse le Christ chanter le chant nouveau du salut, en elle et par elle. En ce sens, le choix de placer l’hymne au début de l’office s’accorde avec l’axe majeur du Concile qui est de penser l’Église et son action à partir de ce qui la fonde : le mystère pascal.

L’entrée dans le mystère

Ainsi, la dynamique commune à toutes les Heures passe par l’expression lyrique de cette entrée dans le mystère pascal. En entraînant l’Église dans le mouvement de sa mort et de sa résurrection, le Christ, « Souverain Prêtre de la nouvelle et éternelle Alliance », s’unit l’Église et, dans l’office, il prie en elle et par elle pour « la gloire de Dieu et le salut du monde ».

Lorsque nous chantons l’une ou l’autre hymne, nous laissons le Christ être la tête de son corps chantant, ce qui oblige ce corps, que nous formons, à une certaine « démaîtrise », à un autre rapport à soi nécessaire à l’expérience de la liturgie. « L’hymne “dilate le cœur” en l’élevant au-dessus de l’expérience ordinaire : cette sorte d’extase […] n’est pas pour autant aliénante3. » Pour parvenir au but qui lui est assigné, l’hymne prend l’homme au plein de son humanité et joue de la « divine » résonance de ses mots et de sa musique.

 

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1. Présentation générale de la Liturgie des heures, n° 33.

2. Ibid., n° 173.

3. Patrick Prétot, revue Liturgie, nos 100-101, 1997, p. 118.