Commentaire de la couverture

Le Fils de Dieu et sa promise par Pierre-Marie Varennes

Toute la Révélation apparaît comme le déploiement dans le temps du Grand Mystère du mariage (cf. Ep 5, 32). Au commencement de l’Écriture, l’homme et la femme sont créés à l’image de Dieu pour qu’ils s’unissent par amour. Après la chute, le Peuple de Dieu ne cesse d’appeler la venue de son Bien-Aimé pour célébrer avec lui les noces nouvelles et éternelles. Quand le Bien-Aimé est effectivement venu, il inaugure sa mission lors d’un mariage et y réalise l’archétype des signes qu’il va accomplir ensuite pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Enfin, quand l’Écriture dit son dernier mot, elle dit : L’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! » Celui qui entend, qu’il dise : « Viens ! » (Ap 22, 17).

La couverture de votre Magnificat est une enluminure de la Bible historiale (xive s.). Elle illustre un texte établi par Pierre le Mangeur au xiie siècle. On y voit l’épisode où le prophète Osée se marie avec Gomer, une prostituée (cf. Os 1, 2-3). La vie du couple sera mouvementée ! Gomer est bien vite infidèle. Puis, elle décide de refaire commerce de ses charmes et quitte le domicile conjugal. Ses affaires de courtisane marchent si bien qu’elle devient plus riche que son mari. Cependant, celui-ci ne ménage pas sa peine pour faire revenir au bercail son épouse perdue. Même au plus profond des pires trahisons, il ne se décourage pas, pardonnant toujours, redonnant inlassablement en partage la plénitude de son amour et de son bien. Les années passent et, avec elles, la valeur marchande des charmes de Gomer. Elle finit sous la coupe d’un souteneur qui l’exploite dans une maison close. Osée n’a jamais cessé de la rechercher. Il la retrouve, vieillie, défigurée par les stigmates de la dépravation. Son cœur en est tout retourné de pitié. Il vend tout ce qu’il possède et rachète son épouse bien-aimée à son taulier. Ils furent heureux ensemble, le reste de leurs jours.

Vous pensez que dans Magnificat cette histoire est tout de même un peu… osée ? Et pourtant, prenez votre Bible : c’est l’histoire humaine que Dieu reprend pour se désoler des trahisons de son peuple élu et pour faire d’Osée la figure prophétique de son Fils bien-aimé. Dès la fondation du monde, le Fils de Dieu a fait de l’humanité l’élue de son cœur et dès la fondation du monde, il a été trompé. Au long cours des siècles, il a poursuivi sa bien-aimée de son amour, renouvelant avec elle les alliances, toujours trahies. Finalement, il s’est sacrifié lui-même pour la racheter aux puissances du mal et de la mort. Et après ? Eh bien après, c’est à chacun d’écrire, par sa vie, un happy end à cette histoire d’amour.  

 Le Mariage d’Osée et Gomer, enluminure tirée de la Bible historiale (XIVe siècle), Ms 21, fol 102, Pierre le Mangeur (XIIe siècle), Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève. © akg-images / Jean-Claude Varga.