Commentaire de la couverture

Le familier de Dieu par Fleur Nabert-Valjavec

Maurice Denis (1870-1943) est un familier de nos couvertures. Un « familier », comme on l’entend dans les monastères. Ceux qui sont librement attachés, d’âme et de cœur, à une communauté de prière. Et si Magnificat puise souvent aux couleurs et aux lumières de Denis, c’est parce que celui-ci est un vrai « familier » du ciel. Son œil limpide nous donne à voir, dans des silhouettes d’autant plus évocatrices qu’elles ne sont pas totalement détaillées, quelque chose de la vérité de l’Évangile. Le mystère de Dieu s’incarne sous ses pinceaux, sans tambour ni trompette, mais avec une acuité et une capacité de révélation qui donnent envie de se mettre à genoux et de prier, avec la simplicité des enfants. Ainsi de cette Visitation et de son pouvoir annonciateur. Sur fond d’une mer d’or, une douce jeune femme bleue gravit à la fois la joie du chemin de l’annonce à sa cousine aimée, et le chemin de larmes et de sang du Golgotha. S’il fallait encore nous en persuader, le soleil rouge se plante dans la mer, droit comme le bois de la croix, et à ses pieds se répandent les larmes des saintes femmes…

Et comme nos vies sont inséparables de celle du Sauveur, c’est une scène de sa propre vie dont s’est inspiré Maurice Denis. Cette vue est celle de sa maison de Perros-Guirec, à qui il donna le beau nom de Silencio. Cette jeune femme enceinte en cet été 1911, c’est Marthe, son épouse. Elle vivra la douleur de perdre son enfant avant le terme de sa grossesse. Et en arrière-plan, silhouette rouge évoquant l’humble réserve de saint Joseph face au mystère dont il est le gardien, voici Maurice Denis, tenant le bâton de sa mission. Homme juste et religieux, il gravit le chemin de son pèlerinage terrestre en tant qu’époux, père et peintre. En ces trois vocations, c’est sa vie tout entière qu’il offre au Dieu qu’il aime.

Visitation au soleil couchant (1911), Maurice Denis (1870-1943), collection particulière. © Catalogue raisonné Maurice Denis