L'œuvre d'art du mois

Les Archanges par Francesco Botticini (1446-1498)

Les Archanges

Francesco Botticini est un peintre florentin qui étudia dans le même atelier qu’Andrea del Verrochio et fut ensuite influencé par l’art de Botticelli. Il fonda à Florence un important atelier dans lequel travailla son fils Raffaelo. En 1470, alors membre de la Compagnie de l’Archange-Raphaël, il réalisa pour l’autel de l’église Santo Spirito de Florence le tableau Les Trois Archanges avec Tobie. Le sujet est tiré du livre de Tobie dans l’Ancien Testament, l’épisode représenté est celui du voyage qu’entreprend Tobie accompagné de trois archanges, et destiné à rapporter un traitement contre la cécité de son père, en exil à Ninive. Le texte ne mentionne que la présence de l’archange Raphaël, c’est donc une originalité de composition de l’artiste que la présence des deux autres archanges, Michel et Gabriel. Filippino Lippi, le grand artiste florentin de la génération suivante, réalisa plus tard une œuvre de composition similaire, présentant également les trois archanges autour de Tobie (Les Trois Archanges avec Tobie, v. 1485, Turin, galerie Sabauda). Les archanges cheminent vers la gauche, et portent les attributs de leur fonction céleste. La couleur de leurs ailes les distingue. À gauche Michel, « qui est comme Dieu », cuirassé, portant l’épée et le globe terrestre surmonté d’une croix. À droite Gabriel, « force de Dieu », tenant le lis blanc qu’il offrit à la Vierge le jour de l’Annonciation. Au centre Raphaël, « Dieu guérit », un chien à ses pieds. Il entraîne le jeune Tobie par la main, et tient dans l’autre une coupelle. Tobie porte le poisson, sanglé, source du précieux remède qui guérira son père ainsi que sa future femme.

Un art ciselé

Les personnages occupent tout l’espace du panneau, laissant deviner en contrebas, au loin, le fleuve d’où jaillit le poisson. Tandis que les deux archanges, brandissant épée et lis, fixent le spectateur, Raphaël et Tobie se regardent dans une conversation secrète, les mains entrelacées, l’ange conduisant les pas du jeune homme. L’ensemble, dans une gamme de coloris très subtile, évoque la promenade initiatique d’un jeune prince escorté d’anges gardiens. Quoi de plus naturel ? La délicatesse des coloris, la finesse des traits, l’affectation maniérée des attitudes, le ciselé des drapés confèrent à l’œuvre un caractère d’extrême raffinement ; une précision d’orfèvre, propre à l’art florentin vers 1470, qui offre au regard des visages doux dans des corps dynamiques, où force et suavité se mêlent.

Un voyage initiatique

L’histoire de Tobie est celle de deux infortunes qui vont trouver leur solution. En effet Tobith, son père, Juif pieux victime de cécité et réduit à la misère, est en exil à Ninive. Son fils Tobie part pour recouvrer des créances et, chemin faisant, rencontrera Sarra, sa future épouse. Celle-ci est victime d’un démon qui fait périr chacun des fiancés qui se déclarent à elle. Tobith sera guéri de la cécité et Sarra, délivrée du démon, grâce à l’archange Raphaël qui accompagne Tobie tout au long du voyage. Le voyage entrepris pour raison financière apportera une richesse ô combien plus grande ! Cet aboutissement heureux réside dans la fidélité à la Loi.

Raphaël : le compagnon idéal

Le voyage sera long et dangereux, mais devant la maison de Tobie se tient le compagnon idéal, l’archange Raphaël, sous les traits d’un frère juif nommé Azarias. Tobie partit, et l’ange avec lui ; le chien partit aussi avec lui et il les accompagnait. […] Comme le garçon descendait se laver les pieds dans le [fleuve] Tigre, un grand poisson bondit hors de l’eau et voulut avaler son pied. Le garçon cria. Mais l’ange lui dit : « Attrape le poisson, et maîtrise-le. » Le garçon saisit le poisson et le hissa sur la berge (Tb 6, 1-3). D’après Raphaël, le fiel, le cœur et le foie du poisson guérissent les aveugles et font fuir les démons.

Le poisson, le chien et… le Christ

Guérir les aveugles, faire fuir les démons, ce sera la tâche du Christ, comme l’explique saint Augustin dans ses Confessions : « Ce poisson, qui remontait le fleuve et se livrait à Tobie, c’est le Christ qui, par sa Passion amère, a mis en fuite Satan et guéri le monde aveugle. » Tobie partit ; le chien partit aussi avec lui, dit le texte biblique. Durant la Renaissance, l’image du chien rassemble les qualités chrétiennes, en particulier celle de la fidélité à la foi, rendue plus difficile encore par le contexte de l’exil. Car la question cruciale pour Tobith est bien celle-ci : Comment continuer à croire face à tant de difficultés ? Dieu nous a-t-il oubliés ? La présence de l’archange et le jaillissement du poisson sont dans ce récit les réponses de la providence divine aux épreuves de Tobith. Une invitation à la confiance en Dieu. Puissions-nous, durant ce mois, grandir dans la confiance en Dieu et voir les signes de sa présence sur notre route !

Mélina de Courcy

Professeur d’histoire de l’art au collège des Bernardins.

Les Trois Archanges avec Tobie (1470), Francesco Botticini (1446-1498), Florence, Galerie des Offices.

© Luisa Ricciarini / Leemage.