J’étais malade, et vous m’avez visité

Le 1 février 2025

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« Puisse le Jubilé être pour chacun l’occasion de ranimer l’Espérance ! » (Bulle d’indiction du Jubilé pour l’année 2025). Parmi les signes d’espérance que nous devons donner au long de cette année jubilaire, le saint-père insiste sur les œuvres de miséricorde, et parmi ces œuvres, sur la visite et le soin des malades.

Cette œuvre de Murillo (1617-1682) a été peinte entre 1667 et 1670. Elle fait partie d’une série de six grands tableaux réalisés pour l’église de La Caridad à Séville (1)La Caridad était une puissante confrérie laïque, consacrée au secours des miséreux et au soin des malades. Murillo en était l’un des membres les plus actifs. Par des scènes de la vie de Jésus, les six tableaux illustrent les six œuvres de miséricorde exaltées par le Seigneur comme critères du Jugement dernier (cf. Mt 25, 31-46), parce qu’attestation que notre amour de Dieu n’est pas menteur (cf. 1 Jn 4, 20). Elles nous invitent à méditer le fait que pour espérer être comptés parmi les bienheureux auxquels sera adressée cette parole : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde» (Mt 25, 34), nous devons nous aimer les uns les autres comme Jésus nous a aimés.

La scène se passe à Jérusalem, près de la porte des Brebis, au bord d’une piscine entourée de cinq portiques, appelée en hébreu Bethesda (2). Ces galeries étaient peuplées de malades, de boiteux et d’impotents (cf. Jn 5. 1-9). Quand un ange – ici représenté dans un halo de lumière dorée au-dessus des deux premiers portiques – venait visiter la piscine, l’eau bouillonnait et le premier qui s’y baignait était guéri. Au premier plan, Jésus vêtu d’une toge de pourpre – il est « le Seigneur » – est accompagné de Pierre, Jacques et Jean. Il s’adresse à un paralytique depuis trente-huit ans qui gît sur le sol. Admirons comment, par le jeu des mains, des attitudes, des expressions des visages et par l’intensité du regard qu’ils s’échangent, Murillo parvient à nous faire entendre le dialogue qui s’instaure :

– Veux-tu être guéri ?

– Seigneur, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l’eau bouillonne.

– Lève-toi, prends ton brancard, et marche.

Observons sur le sol la qualité de la nature morte constituée par la représentation de la cruche d’eau ébréchée, de l’écuelle vide, et de la béquille qui n’était qu’un pis-aller et qui bientôt ne servira plus à rien : cette nature morte symbolise la Loi de Moïse incapable de sauver contrairement à la foi en Jésus Christ. Ayant accompli son rôle de pédagogue, elle a fait son temps et est remplacée par la Loi d’amour incarnée par la venue du Fils de Dieu (cf. St. Paul, notamment Ga 2, 15 à 3, 14).

Revenons maintenant au visage de Jésus (3). Murillo a su lui faire exprimer une qualité d’empathie qui, plutôt que de manifester la puissance thaumaturge de Jésus, nous invite à imiter son amour doux et humble, touchant et agissant. Et ainsi, le message de cette œuvre est que, jusqu’à ce que Jésus revienne pour juger les vivants et les morts, les rôles sont inversés : le paralytique qui tend les bras, c’est Jésus, et le visage de Jésus, c’est le nôtre :

– C’est à moi que vous l’avez fait…

Pierre-Marie Varennes

1. Hélas, on ne peut plus contempler cette série dans l’église de l’hôpital de La Caridad : alors que Séville était occupée par l’armée française, les œuvres furent volées en 1812 par Joseph Bonaparte, frère de Napoléon. Elles sont aujourd’hui dispersées dans des musées du monde entier. Les voici ci-dessous.

2. Notons que les recherches archéologiques ont identifié avec certitude le site où se trouvait cette piscine, confirmant la véracité historique des cadres où l’Évangile selon saint Jean place les actes du Seigneur.

Le Christ guérit le paralytique à la piscine de Béthesda (1667-1670, détail), Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682), National Gallery, Londres. © National Gallery Global Limited / akg-images


La guérison du paralytique : « J’étais malade, et vous m’avez visité. »

La guérison du paralytique : « J’étais malade, et vous m’avez visité. » 

Le retour du fils prodige : « J’étais nu, et vous m’avez habillé. »

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Abraham et les 3 anges :  « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli . »

Abraham et les 3 anges :  « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli . »

Saint Pierre libéré par l’ange : « J’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! »

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Saint Jean de Dieu transportant un malade :  « J’avais soif, et vous m’avez donné à boire. »

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La multiplication des pains et des poissons :  « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger. »

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