L’enseignement de l’Église sur la liturgie

La catéchèse du pape Léon XIV sur Sacrosanctum Concilium.

1. La liturgie dans le mystère de l’Église

La liturgie nous met en contact avec le mystère du Christ.

Chers amis de Magnificat,

Je suis le père Gilles Drouin, je suis vicaire général du diocèse d’Évry, mais je suis, j’allais dire, surtout pour l’exercice qui nous rassemble, professeur de liturgie à l’Institut supérieur de liturgie de l’Institut catholique de Paris. Nous sommes ensemble pour venir commenter les catéchèses que le pape Léon donne sur la Constitution sur la Sainte Liturgie du concile Vatican II. La Constitution sur la Sainte Liturgie du Concile Vatican II, c’est le premier texte à avoir été promulgué par le Concile. Et ce faisant, le Concile Vatican II a fait quelque chose de neuf, dans la grande tradition de l’Église. Évidemment, la tradition de l’Église est riche en documents sur la liturgie, mais c’est la première fois qu’une assemblée d’un tel niveau d’autorité, un Concile œcuménique, promulgue, élabore un texte sur les fondamentaux de la liturgie, les fondamentaux de la théologie de la liturgie. Le concile de Trente, par exemple, l’autre grand concile de la modernité au milieu du XVIᵉ siècle, avait promulgué tout une série de textes très importants sur les sacrements, mais s’il avait fait une œuvre liturgique importante, elle ne se basait pas sur un traité, de théologie de la liturgie. Souvent, quand on parle de Vatican II et de la liturgie, on retient la réforme liturgique. Et le pape le dit d’ailleurs, il ne va pas d’abord parler de la réforme liturgique parce que le Concile Vatican II commence par examiner et formuler les fondamentaux de la liturgie catholique. Il le fait à travers la notion de mystère. C’est un élément fondamental dans cette catéchèse.

Le Concile nous dit que la liturgie, la Sainte Liturgie, met l’Église en contact avec le mystère même du Christ, le mystère qui la fait vivre. La liturgie, son objet principal, c’est de nous mettre en contact avec le mystère du Christ. Mais attention, et c’est mon deuxième point, cette notion de mystère est ambiguë en français courant. En français courant, mystère, c’est mystérieux, c’est plutôt mystère au sens de « mystère et boule de gomme ». Ça veut dire quelque chose de caché. Alors que dans le langage biblique, notamment chez saint Paul, le mystère est un mystère révélé. Le mystère de Dieu, du Dieu inconnaissable, nous est révélé dans le mystère du Christ. Le Christ donne visage au Dieu invisible. Et donc, la liturgie, en nous mettant en contact avec le mystère du Christ, nous permet de comprendre, de recevoir vitalement, au niveau individuel et au niveau ecclésial, le mystère même du Christ.

Le pape Saint Léon, au IVᵉ siècle, un lointain prédécesseur avec le même nom d’ailleurs, du pape actuel Léon XIV, aimait à dire qu’après l’Ascension, c’est-à-dire quand le Christ n’était plus présent corporellement, physiquement, au milieu des siens, son mystère  le mystère du Christ était passé dans les mystères. Et à l’époque, les mystères, c’était les sacrements. Le mystère du Christ est passé dans les mystères, c’est-à-dire il est passé dans les sacrements. Le Christ qui guérissait sur les routes de Palestine, il continue à guérir les siens dans le sacrement des malades ou dans le sacrement de réconciliation. Le Christ qui nourrissait les foules continue à les nourrir dans le sacrement des sacrements qui est le sacrement de l’Eucharistie. Donc, le mystère passe dans les mystères, et la vie même du Christ nous est donnée en participation à travers la liturgie.

Le pape, et c’est mon troisième point, commente ensuite une expression importante du Concile qui dit que le mystère du Christ dans la liturgie passe à travers des prières et des rites. Pas simplement des prières, ce n’est pas que cérébral, la liturgie. Ça nous touche au corps parce qu’il y a des rites. Vous savez, dans tout sacrement, il y a un geste et une parole. La liturgie a une forte dimension corporelle. Et le pape insiste davantage sur la dimension ecclésiale que la dimension individuelle. Par ses prières et surtout par ses rites, la liturgie contribue à construire le corps de l’Église. Je fais une petite parenthèse : souvent, on nous dit que la liturgie est un lieu de division. C’est vrai, mais c’est précisément parce que la liturgie est efficace qu’elle manifeste des divisions de l’Église qui ne sont pas forcément des divisions d’abord liturgiques. Donc, l’efficacité même de la liturgie fait que c’est un lieu sensible, parce que la liturgie, « ça marche », si vous me permettez cette familiarité.

Et puis enfin, c’est le quatrième point, le pape commente une expression fameuse également du Concile Vatican II, selon laquelle la liturgie est source et sommet de la vie chrétienne. Il insiste davantage sur la dimension de source que sur la dimension de sommet. La liturgie, comme source, doit naturellement s’épanouir dans une vie, une vie morale, une vie de la suite du Christ, une vie chrétienne. Et le pape met en lien la liturgie qui nous met en contact avec le mystère du Christ, ce que nous évoquions au départ, avec le culte spirituel ou le culte véritable, qu’évoque Paul au début du chapitre 12 de la Lettre aux Romains, un culte qui consiste en un  don de soi à la suite du Christ qui a donné sa vie par amour.

Ainsi, le mystère de la liturgie nous façonne intérieurement, nous entraîne, pour que peu à peu, notre vie se modèle sur celle du Christ et soit comme la sienne, à sa suite, marquée du sceau du don de soi. Cette catéchèse, elle est vraiment centrée sur la notion du mystère, du mystère du Christ, qui nous donne accès au mystère de Dieu à travers les rites et les prières de la liturgie et qui doit s’épanouir à travers une vie marquée comme celle du Christ, du sceau du don de soi

Le père Gilles Drouin est vicaire général du diocèse d’Évry-Corbeil-Essonnes, et professeur honoraire à l’institut supérieur de liturgie de l’Institut catholique de Paris.

La catéchèse du Saint-Père

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Nous commençons aujourd’hui, une série de catéchèses sur le premier Document promulgué par le Concile Vatican II : La constitution sur la sainte liturgie, Sacrosantum Concilium (SC).

En élaborant cette Constitution, les Pères conciliaires ont voulu non seulement entreprendre une réforme des rites, mais aussi amener l’Église à contempler et à approfondir ce lien vivant qui la constitue et l’unit : le mystère du Christ. La liturgie, en effet, touche au cœur même de ce mystère : elle est à la fois l’espace, le temps et le contexte dans lesquels l’Église reçoit du Christ sa propre vie. En effet, dans la liturgie, « s’exerce l’œuvre de notre rédemption » (SC, 2), qui fait de nous une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis (cf. 1 P 2, 9).

Comme l’a montré le triple renouveau – biblique, patristique et liturgique – qui a traversé l’Église au cours du XXe siècle, le Mystère en question ne désigne pas une réalité obscure, mais le dessein salvifique de Dieu, caché depuis l’éternité et révélé en Christ, selon l’affirmation de saint Paul (cf. Ep 3, 3-6). Voici donc le Mystère chrétien : l’événement pascal, c’est-à-dire la passion, la mort, la résurrection et la glorification du Christ, qui nous est rendu sacramentellement présent précisément dans la liturgie, de sorte que chaque fois que nous participons à l’assemblée réunie « en son nom » (Mt 18, 20), nous sommes plongés dans ce Mystère.

Le Christ lui-même est le principe intérieur du mystère de l’Église, peuple saint de Dieu, né de son côté transpercé sur la croix. Dans la sainte liturgie, par la puissance de son Esprit, il continue d’agir. Il sanctifie et associe l’Église, son épouse, à son offrande au Père. Il exerce son sacerdoce absolument unique, lui qui est présent dans la Parole proclamée, dans les Sacrements, dans les ministres qui célèbrent, dans la communauté rassemblée et, au plus haut degré, dans l’Eucharistie (cf. SC, 7). C’est ainsi que, selon saint Augustin (cf. Serm., 277), en célébrant l’Eucharistie, l’Église « reçoit le Corps du Seigneur et devient ce qu’elle reçoit » : elle devient le Corps du Christ, « demeure de Dieu par l’Esprit » (Ep 2, 22). Telle est « l’œuvre de notre rédemption », qui nous configure au Christ et nous édifie dans la communion.

Dans la sainte liturgie, cette communion se réalise « par les rites et les prières » (SC, 48). La ritualité de l’Église exprime sa foi – selon le célèbre adage lex orandi, lex credendi –, et façonne en même temps l’identité ecclésiale : la Parole proclamée, la célébration du sacrement, les gestes, les silences, l’espace, tout cela représente et donne forme au peuple convoqué par le Père, Corps du Christ, Temple du Saint-Esprit. Chaque célébration devient ainsi une véritable épiphanie de l’Église en prière, comme l’a rappelé saint Jean-Paul II (Lettre apostolique Vicesimus quintus annus, 9).

Si la liturgie est au service du mystère du Christ, on comprend pourquoi elle a été définie comme « le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et, en même temps, la source d’où jaillit toute son énergie » (SC, 10). Il est vrai que l’action de l’Église ne se limite pas à la seule liturgie, mais toutes ses activités (la prédication, le service des pauvres, l’accompagnement des réalités humaines) convergent vers ce « sommet ». À l’inverse, la liturgie soutient les fidèles en les plongeant sans cesse dans la Pâque du Seigneur et, par conséquent, à travers la proclamation de la Parole, la célébration des sacrements et la prière commune, ils sont fortifiés, encouragés et renouvelés dans leur engagement de foi et dans leur mission. En d’autres termes, la participation des fidèles à l’action liturgique est à la fois « intérieure » et « extérieure ».

Cela signifie également qu’elle est appelée à se déployer concrètement tout au long de la vie quotidienne, dans une dynamique éthique et spirituelle, de sorte que la liturgie célébrée se traduise en vie et exige une existence fidèle, capable de concrétiser ce qui a été vécu dans la célébration : c’est ainsi que notre vie devient « un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu », réalisant notre « culte spirituel » (Rm 12, 1).

Ainsi, «la liturgie édifie chaque jour ceux qui sont au-dedans pour en faire un temple saint dans le Seigneur » (SC, 2), et forme une communauté ouverte et accueillante envers tous. Elle est en effet habitée par l’Esprit Saint, elle nous introduit dans la vie du Christ, elle fait de nous son Corps et, dans toutes ses dimensions, elle représente un signe de l’unité de toute l’humanité en Christ. Comme le disait le pape François, « le monde ne le sait pas encore, mais tous sont invités au repas des noces de l’Agneau (Ap 19, 9) » (Lettre apostolique Desiderio desideravi, 5).

Très chers, laissons-nous façonner intérieurement par les rites, les symboles, les gestes et surtout par la présence vivante du Christ dans la liturgie, que nous aurons encore l’occasion d’approfondir lors des prochaines catéchèses.

Audience générale – Léon XIV – mercredi 20 mai 2026

Crédit de l’image en bandeau : @Vatican Media