L’enseignement de l’Église sur la liturgie
La catéchèse du pape Léon XIV sur Sacrosanctum Concilium.
2. La réforme de la liturgie : tradition et évolution
La liturgie se transforme tout en demeurant fidèlement enracinée dans ses sources.
Bonjour chers amis de Magnificat,
vous êtes toujours avec le père Gilles Drouin, vicaire général du diocèse d’Evry et Professeur à l’Institut supérieur de liturgie. Nous sommes ensemble pour approfondir les catéchèses que donne le pape Léon XIV à partir de la Constitution sur la sainte liturgie du concile Vatican II.
La deuxième des catéchèses que nous allons aborder ensemble aujourd’hui traite d’un principe important évoqué, élaboré ou rappelé par le concile Vatican II, qui est celui de la tradition. Le pape ne commence pas par parler directement de cette question de la tradition, mais autant, dans la précédente catéchèse, la notion clé était celle du mystère, autant, dans cette seconde catéchèse, la notion clé est celle de tradition.
Le concile Vatican II, à la suite du pape Pie XII que, d’ailleurs, le pape actuel cite, se propose d’engager une réforme liturgique. Cette catéchèse aborde la question de la réforme liturgique. Le pape Pie XII avait initié une réforme liturgique qu’il n’avait pas eu le temps de mener à bien intégralement, mais une réforme très importante, puisque dès 1956 on a vu la réforme de la Semaine sainte et de la Vigile pascale. Cette réforme avait été suspendue au moment où le pape Jean XXIII avait décidé de convoquer le concile, mais pour reprendre avec la réforme liturgique de Vatican II
Le texte de cette catéchèse rappelle le principe de cet exercice délicat qu’est une réforme liturgique et la voie à suivre, et là je cite le concile que cite le pape : « La voie à suivre est de maintenir la saine tradition et de s’ouvrir à un progrès légitime. » Vous voyez cette dialectique entre tradition et adaptation : maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime. Ni fixisme, puisque la liturgie a toujours évolué, ni rupture.
D’ailleurs, cette opposition ou ce rejet du fixisme et de la rupture est exprimé par le pape Léon XIV à travers une expression que les pape Benoît XVI et François ont particulièrement aimée, qui est celle de « développement organique ». La liturgie se transformerait par un développement organique ; l’image est celle, d’origine végétale, d’un grand arbre. Vous voyez un grand arbre qui se déploie sans rupture, mais qui se transforme en même temps, et avec plusieurs branches. Dans la liturgie, il y a plusieurs branches : il y a la liturgie orientale, la liturgie romaine, etc. Donc la notion de développement organique.
Pour ce faire, le concile demande aux experts, aux évêques qui auront la charge de mettre en œuvre cette réforme liturgique, de bien distinguer ce qui relève du cœur immuable et des parties de la liturgie qui sont susceptibles d’être modifiées. Il y a donc une distinction à opérer. Et d’ailleurs, quand on analyse finement le processus de la réforme liturgique, c’est vraiment ce qui a été fait par ce qu’on appelle le Consilium, c’est-à-dire le conseil – à distinguer du concile –, le Consilium c’est un conseil mis en place par le pape Paul VI pour travailler à la réforme liturgique et à la réforme des livres liturgiques.
Pour ce faire également, le concile demande que ce travail, qui permet d’identifier le cœur, les parties immuables et les parties sujettes à des adaptations légitimes, s’appuie sur des études théologiques et historiques soigneusement menées. Nous sommes au moment du concile Vatican II, donc au moment où la Constitution sur la sainte liturgie est élaborée., nous sommes donc dans une période où ce qu’on a appelé le Mouvement liturgique, ce grand mouvement de réflexion théologique et pastorale sur la liturgie, de ressourcement en Tradition, comme aimait à le dire un de mes prédécesseurs, le père Gy. Le Mouvement Liturgique a donné à l’Église une moisson de travaux théologiques, de travaux sur l’histoire de la liturgie, sans lesquels la réforme de la liturgie aurait été impossible. Le pape rappelle cette dimension importante de travail préalable sur les sources de la liturgie avant toute opération de réforme.
Il termine par une exhortation, qui n’est pas directement présente dans la Constitution sur la sainte liturgie, mais qui est la conséquence de ce qui précède. Il demande aux prêtres, en particulier à ceux qui exercent le ministère de la présidence liturgique – là, je cite le pape – de garder le respect des textes et des dispositions de la liturgie. Le pape François l’avait fait de façon presque plus vigoureuse dans Desiderio desideravi, sa belle lettre apostolique sur la liturgie, où il parlait de « discipline liturgique ». Le pape François parlait du respect des textes et des rituels voulus par l’Église, qui nous sont donnés par les livres liturgiques, dans une approche spirituelle. C’est-à-dire que la liturgie nous précède, c’est quelque chose de plus grand que nous, et les adaptations liturgiques qui ont été faites et qui continuent d’être faites sous l’autorité du Saint-Siège sont justement réalisées dans le cadre de ce développement organique, après de soigneuses et longues études liturgiques, théologiques et historiques. La liturgie ne se manipule donc pas.
Il y a là une communauté de pensée entre les deux derniers pontifes, François et le pape actuel, avec des accents un peu différents. Le pape François insiste beaucoup sur l’attitude spirituelle de respect et d’effacement par rapport à ce qui nous est donné, et le pape actuel, parce que son exercice est différent, parce qu’il commente la Constitution sur la sainte liturgie, rappelle que la réforme liturgique de Vatican II a été mise en œuvre avec des principes clairs, très précis, et après un long travail historique et théologique.
Ainsi, je terminerai là-dessus : finalement, cette belle catéchèse nous donne une théologie de la tradition On doit distinguer la Tradition des traditions. La Tradition – le pape Benoît XVI parlait du long fleuve de la Tradition vivante – et la liturgie porte, charrie en elle-même toute cette longue histoire, qui n’est pas une histoire statique : elle se transforme tout en restant absolument fidèle à ses sources mêmes et à ses origines. C’est en ce sens que ces deux premières catéchèses sont très liées. C’est parce qu’elle s’inscrit dans la Tradition vivante que la liturgie nous met en contact vivant avec le mystère du Christ.
ous êtes toujours avec le père Gilles Drouin, vicaire général du diocèse d’Evry et Professeur à l’Institut supérieur de liturgie. Nous sommes ensemble pour approfondir les catéchèses que donne le pape Léon XIV à partir de la Constitution sur la sainte liturgie du concile Vatican II.
La deuxième des catéchèses que nous allons aborder ensemble aujourd’hui traite d’un principe important évoqué, élaboré ou rappelé par le concile Vatican II, qui est celui de la tradition. Le pape ne commence pas par parler directement de cette question de la tradition, mais autant, dans la précédente catéchèse, la notion clé était celle du mystère, autant, dans cette seconde catéchèse, la notion clé est celle de tradition.
Le concile Vatican II, à la suite du pape Pie XII que, d’ailleurs, le pape actuel cite, se propose d’engager une réforme liturgique. Cette catéchèse aborde la question de la réforme liturgique. Le pape Pie XII avait initié une réforme liturgique qu’il n’avait pas eu le temps de mener à bien intégralement, mais une réforme très importante, puisque dès 1956 on a vu la réforme de la Semaine sainte et de la Vigile pascale. Cette réforme avait été suspendue au moment où le pape Jean XXIII avait décidé de convoquer le concile, mais pour reprendre avec la réforme liturgique de Vatican II
Le texte de cette catéchèse rappelle le principe de cet exercice délicat qu’est une réforme liturgique et la voie à suivre, et là je cite le concile que cite le pape : « La voie à suivre est de maintenir la saine tradition et de s’ouvrir à un progrès légitime. » Vous voyez cette dialectique entre tradition et adaptation : maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime. Ni fixisme, puisque la liturgie a toujours évolué, ni rupture.
D’ailleurs, cette opposition ou ce rejet du fixisme et de la rupture est exprimé par le pape Léon XIV à travers une expression que les pape Benoît XVI et François ont particulièrement aimée, qui est celle de « développement organique ». La liturgie se transformerait par un développement organique ; l’image est celle, d’origine végétale, d’un grand arbre. Vous voyez un grand arbre qui se déploie sans rupture, mais qui se transforme en même temps, et avec plusieurs branches. Dans la liturgie, il y a plusieurs branches : il y a la liturgie orientale, la liturgie romaine, etc. Donc la notion de développement organique.
Pour ce faire, le concile demande aux experts, aux évêques qui auront la charge de mettre en œuvre cette réforme liturgique, de bien distinguer ce qui relève du cœur immuable et des parties de la liturgie qui sont susceptibles d’être modifiées. Il y a donc une distinction à opérer. Et d’ailleurs, quand on analyse finement le processus de la réforme liturgique, c’est vraiment ce qui a été fait par ce qu’on appelle le Consilium, c’est-à-dire le conseil – à distinguer du concile –, le Consilium c’est un conseil mis en place par le pape Paul VI pour travailler à la réforme liturgique et à la réforme des livres liturgiques.
Pour ce faire également, le concile demande que ce travail, qui permet d’identifier le cœur, les parties immuables et les parties sujettes à des adaptations légitimes, s’appuie sur des études théologiques et historiques soigneusement menées. Nous sommes au moment du concile Vatican II, donc au moment où la Constitution sur la sainte liturgie est élaborée., nous sommes donc dans une période où ce qu’on a appelé le Mouvement liturgique, ce grand mouvement de réflexion théologique et pastorale sur la liturgie, de ressourcement en Tradition, comme aimait à le dire un de mes prédécesseurs, le père Gy. Le Mouvement Liturgique a donné à l’Église une moisson de travaux théologiques, de travaux sur l’histoire de la liturgie, sans lesquels la réforme de la liturgie aurait été impossible. Le pape rappelle cette dimension importante de travail préalable sur les sources de la liturgie avant toute opération de réforme.
Il termine par une exhortation, qui n’est pas directement présente dans la Constitution sur la sainte liturgie, mais qui est la conséquence de ce qui précède. Il demande aux prêtres, en particulier à ceux qui exercent le ministère de la présidence liturgique – là, je cite le pape – de garder le respect des textes et des dispositions de la liturgie. Le pape François l’avait fait de façon presque plus vigoureuse dans Desiderio desideravi, sa belle lettre apostolique sur la liturgie, où il parlait de « discipline liturgique ». Le pape François parlait du respect des textes et des rituels voulus par l’Église, qui nous sont donnés par les livres liturgiques, dans une approche spirituelle. C’est-à-dire que la liturgie nous précède, c’est quelque chose de plus grand que nous, et les adaptations liturgiques qui ont été faites et qui continuent d’être faites sous l’autorité du Saint-Siège sont justement réalisées dans le cadre de ce développement organique, après de soigneuses et longues études liturgiques, théologiques et historiques. La liturgie ne se manipule donc pas.
Il y a là une communauté de pensée entre les deux derniers pontifes, François et le pape actuel, avec des accents un peu différents. Le pape François insiste beaucoup sur l’attitude spirituelle de respect et d’effacement par rapport à ce qui nous est donné, et le pape actuel, parce que son exercice est différent, parce qu’il commente la Constitution sur la sainte liturgie, rappelle que la réforme liturgique de Vatican II a été mise en œuvre avec des principes clairs, très précis, et après un long travail historique et théologique.
Ainsi, je terminerai là-dessus : finalement, cette belle catéchèse nous donne une théologie de la tradition On doit distinguer la Tradition des traditions. La Tradition – le pape Benoît XVI parlait du long fleuve de la Tradition vivante – et la liturgie porte, charrie en elle-même toute cette longue histoire, qui n’est pas une histoire statique : elle se transforme tout en restant absolument fidèle à ses sources mêmes et à ses origines. C’est en ce sens que ces deux premières catéchèses sont très liées. C’est parce qu’elle s’inscrit dans la Tradition vivante que la liturgie nous met en contact vivant avec le mystère du Christ.
Le père Gilles Drouin est vicaire général du diocèse d’Évry-Corbeil-Essonnes, et professeur honoraire à l’institut supérieur de liturgie de l’Institut catholique de Paris.
La catéchèse du Saint-Père
Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
Dans l’encyclique Mediator Dei, le vénérable Pie XII écrit que « l’Église est un organisme vivant et, en tant que tel, y compris en matière de liturgie sacrée, tout en préservant l’intégrité de son enseignement, elle grandit et se développe, s’adaptant et se conformant aux circonstances et aux exigences qui se présentent au fil du temps» (I, V).
En pleine continuité avec ce principe, le Concile Vatican II, dans le préambule de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), reconnaît qu’il est de son devoir «à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie» (n° 1). L’assemblée conciliaire avait en effet été réunie dans le but «de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ; de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements ; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes au sein de l’Église» (ibid.).
À ce moment historique, on ressentait fortement la nécessité d’un renouveau des formes rituelles, par lesquelles, depuis des siècles, l’Église avait réalisé la glorification de Dieu et la sanctification du peuple chrétien. Grâce au Mouvement liturgique, s’était mûrie la conviction, exprimée par la suite par saint Jean-Paul II, qu’« il existe en effet un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l’Eglise. L’Église agit dans la liturgie, mais elle s’y exprime aussi, elle vit de la liturgie et elle puise dans la liturgie ses forces vitales » (Lettre Dominicae Cenae, 13).
Afin de favoriser l’accès des fidèles à la richesse des dons de grâce dispensés par la liturgie sacrée, la Constitution Sacrosanctum Concilium indique donc, par une formule très efficace, la voie à suivre : « maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime » (SC, 23).
Le pape Benoît XVI a perçu dans cette déclaration d’intentions le « programme de réforme » des Pères conciliaires, « en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir », notant que « bien souvent, on oppose maladroitement tradition et progrès », alors qu’« en réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition inclut en quelque sorte le progrès. En d’autres termes, le fleuve de la tradition porte en lui également sa source et tend vers l’embouchure » (Discours aux participants au Colloque à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation de l’Institut pontifical liturgique Saint-Anselme, 6 mai 2011).
Le Concile affirme la légitimité de ce progrès enraciné dans l’authentique Tradition, en distinguant, au sein de la liturgie, « une partie immuable, car d’institution divine », des « parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées » (SC, 21). Des changements de ce genre se sont produits constamment au fil des siècles afin de permettre aux fidèles une participation fructueuse, par le biais des actions rituelles, au mystère pascal du Christ, fondement de la foi chrétienne. Le culte de l’Église s’est donc “incarné” dans les formes culturelles de chaque époque et a été capable d’influencer celles-ci, voire de les transformer. La liturgie a ainsi été, pendant des siècles, un moteur d’évangélisation. Aujourd’hui, il faut renouveler cette énergie dans la continuité de la tradition catholique authentique et vivante, c’est-à-dire selon une dynamique visant à introduire les croyants à la plénitude de la vérité.
On comprend alors pourquoi les Pères conciliaires ont recommandé que la révision des rites, lorsqu’elle répond à « une utilité réelle et avérée pour l’Église », soit toujours effectuée « après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. » (SC, 23). Pour le bien de toute l’Église, toute réforme doit « toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique et pastorale » (ibid.). Le Magistère conciliaire invite ainsi à éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque d’ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative (cf. SC, 22). Le progrès évoqué par la Constitution conciliaire ne compromet en rien la communion ecclésiale : il vise plutôt à la confirmer et à la favoriser.
J’exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours garder ce respect des textes et des dispositions de la liturgie qui naît d’une attitude intérieure de disponibilité et de confiance en Dieu, en manifestant de l’humilité devant sa grandeur et une fidélité sincère à la communion ecclésiale.
Audience générale – Léon XIV – mercredi 27 mai 2026
Crédit de l’image en bandeau : @Vatican Media