À la lumière d’Amoris Laetitia

Prier en famille cet été

6. Prier malgré tout : obstacles, patience et bénédiction

Le Podcast

La proposition concrète à vivre en famille

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Bonjour à tous !

À l’occasion du 10ᵉ anniversaire de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia, le pape Léon XIV nous invite à redécouvrir la richesse de l’amour familial. Et si, cet été, on profitait du temps en famille pour vivre des moments spirituels simples et authentiques, même au cœur des vacances ?

L’été, c’est le temps du repos, des retrouvailles, du lâcher-prise. Ce pourrait être aussi une belle occasion de prier ensemble, de façon spontanée, au cœur de la nature ou dans le quotidien partagé. Tout l’été, la rédaction de Magnificat vous proposera chaque semaine des idées, courtes et accessibles à tous, pour prier en famille et grandir ensemble dans l’amour.

Aujourd’hui, nous souhaitons évoquer de quelque chose de très concret, de très humain : la difficulté à prier. Ces moments où la prière semble peser, où Dieu paraît lointain, où nos impatiences et nos colères viennent brouiller notre relation avec Lui. Et pourtant, au cœur de tout cela, une promesse lumineuse traverse les Psaumes : « Sa colère ne dure qu’un instant, sa bonté, toute la vie. » (Ps 30)

Car la patience vient de l’amour, et la patience mène à l’amour. Cela ne signifie pas qu’à chaque fois que nous ressentons de l’impatience, nous sommes sortis de l’amour. Mais c’est une invitation à interroger nos impatiences : nous font-elles grandir dans l’amour, ou dans l’exaspération ? Et si nos obstacles à la prière étaient, eux aussi, une invitation à grandir ? Une invitation à laisser la bénédiction de Dieu traverser nos résistances, nos doutes, nos colères, pour nous transformer de l’intérieur ?

Nos impatiences : révélatrices de nos attentes

Le pape François nous le dit sans détour dans Amoris Laetitia : « Le problème survient lorsque nous exigeons que les relations soient idylliques ou que les personnes soient parfaites, ou bien quand nous nous mettons au centre et espérons que notre seule volonté s’accomplisse. Alors, tout nous impatiente, tout nous porte à réagir avec agressivité. »

Nos impatiences révèlent souvent nos attentes non formulées, nos désirs de contrôle, notre difficulté à accepter que l’autre ne soit pas comme nous le voudrions. Et si, au lieu de les subir, nous les offrions à Dieu dans la prière ? Peut-être pourrions-nous demander la grâce d’un regard renouvelé par la charité sur ce collègue, ce membre de la famille, que nous ne pouvons plus voir. Ou renouer avec quelqu’un qui nous aurait déçus.

La colère, elle aussi, mérite d’être interrogée. Jésus dit : « Quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. » Mais la colère de Dieu, celle de l’enfant et celle de l’adulte ne sont pas sur le même registre. La sainte colère de Dieu cherche à nous faire sortir de nos ornières de mort. Celle de l’adulte n’est recevable que pour défendre une cause juste, dans la ligne des prophètes. Et Jésus lui-même a manifesté de l’impatience quand son projet messianique n’était pas reconnu : il annonçait le Royaume, et on lui demandait d’exaucer des désirs immédiats !

La patience de Dieu, sans limites

Si notre patience a des limites, celle de Dieu n’en a pas. Parfois, nous pouvons penser qu’il est bien trop patient, qu’il nous laisse dans des situations impossibles. Nous sommes tentés d’exercer notre pouvoir sur les événements et les personnes. Mais nous pouvons aussi supplier avec foi : « Que ton règne vienne », et nous accorder au dessein de son amour.

Car « sa colère ne dure qu’un instant, sa bonté, toute la vie. » C’est cette bonté sans fond qui est le socle de toute prière authentique. Dieu n’est pas derrière un grand mur, sourd à nos appels. Il est là, présent, attentif, bien avant que nous ayons formulé notre demande.

Les obstacles à la prière : les reconnaître pour les dépasser

Alors, pourquoi est-ce si difficile de prier ? Le premier obstacle, c’est notre manière de croire à la prière elle-même. Quelque part dans un recoin de notre tête, on peut imaginer Dieu derrière un grand mur, un peu sourd, qu’il faut appeler très fort, plusieurs fois, pour attirer son attention. Et quand on n’est pas exaucé comme on le voulait, on se demande s’il a bien entendu, ou s’il est indifférent à nos malheurs.

Jésus est sévère sur cette façon de concevoir la prière : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé. » (Mt 6, 7-8) La prière n’est pas un mécanisme à activer. C’est une relation à chérir.

Le deuxième obstacle, c’est notre façon d’en parler. « Faire sa prière, réciter ses prières… » Ces expressions donnent à la prière des allures de devoir scolaire, d’exercice obligatoire. Pas très engageant, surtout après une longue journée !

Il y a aussi la confusion entre concentration et recueillement. La concentration, c’est une action cérébrale : focaliser toute son attention sur une seule chose. Le recueillement, c’est une action du cœur : rassembler tout ce que l’on veut présenter à Dieu, comme un bouquet. La concentration ne vise pas une relation. Le recueillement nous tourne vers l’autre. Jésus nous l’enseigne avec précision : « Toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret. » (Mt 6, 6)

Prier en famille : un trésor à cultiver

La prière en famille est donc un moyen privilégié pour exprimer et renforcer la foi. Quelques minutes chaque jour suffisent : confier les préoccupations de la semaine, prier pour quelqu’un qui traverse une épreuve, rendre grâce pour les belles choses de la vie, demander à Marie de couvrir la famille de son manteau de mère. Par des mots simples, ce moment peut faire beaucoup de bien.

Et comme le rappelle Amoris Laetitia, les diverses expressions de la piété populaire sont un véritable trésor de spiritualité pour de nombreuses familles.

Bénir : dire du bien, faire du bien

On peut aussi souligner que la prière et la bénédiction sont intimement liées. Quand nous prions, nous nous mettons en présence de Dieu : nous lui ouvrons notre cœur, nous lui confions nos joies, nos peines, nos attentes. Mais la prière ne s’arrête pas à la demande ou à l’action de grâce : elle devient bénédiction. « Bénir » vient du latin benedicere : bien dire, dire du bien. Par notre baptême, nous avons reçu mission de devenir des êtres de bénédiction. Bénir Dieu en toutes circonstances pour sa présence et ses bienfaits. Bénir ceux avec qui nous vivons : dire du bien d’eux, bien parler d’eux aux autres, et d’abord devant eux. C’est tellement important, et tellement rare !

Pour conclure…

La prière n’est pas une performance, ni un devoir. C’est une relation vivante avec un Dieu qui nous aime, dont la bonté dure toute la vie. Nos impatiences, nos obstacles, nos colères ne sont pas des murs définitifs : ils sont des invitations à grandir, à nous laisser transformer par la patience de Dieu.

Alors, durant cette semaine, osons lever les yeux, ouvrir notre cœur, et laisser entrer cette bonté qui ne passe pas.

Pour conclure comme un petit rituel, nous vous partageons un extrait de l’exhortation apostolique Amoris laetitia.

La prière en famille est un moyen privilégié pour exprimer et renforcer [la] foi pascale. On peut réserver quelques minutes chaque jour afin d’être unis devant le Seigneur vivant, de lui dire les préoccupations, prier pour les besoins de la famille, prier pour quelqu’un qui traverse un moment difficile, afin de demander de l’aide pour aimer, rendre grâce pour la vie et pour les choses bonnes, pour demander à la Vierge de protéger par son manteau de mère. Par des mots simples, ce moment de prière peut faire beaucoup de bien à la famille. Les diverses expressions de la piété populaire sont un trésor de spiritualité pour de nombreuses familles.

Amoris Laetitia n°318

À très bientôt !

Avec tous nos remerciements à la sœur Marie-Hélène Robert et au père Arnaud Toury dont les textes ont largement inspiré cette proposition.

Crédit de l’image en bandeau : Le christ et les enfants (1910), Maurice Denis (1870-1973), collection privée. @Bridgeman Images.