L’enseignement de l’Église sur la liturgie

La catéchèse du pape Léon XIV sur Sacrosanctum Concilium.

6. L’Année liturgique

En parcourant l’Année liturgique, l’Église reste en contact avec l’action rédemptrice du Seigneur.

Chers amis, lecteurs de Magnificat, bonjour. Je suis le père Gilles Drouin, vicaire général du diocèse d’Évry, Corbeil-Essonnes, et Professeur honoraire à l’Institut supérieur de liturgie de l’Institut catholique de Paris. Nous sommes ensemble cette semaine de nouveau pour commenter, méditer les catéchèses que chaque mercredi, le pape Léon XIV donne, depuis quelque temps, sur la Constitution conciliaire sur la Sainte Liturgie de Vatican II.

Cette semaine, le pape aborde le chapitre 5 de la Constitution, consacré à l’année liturgique. Il le fait en commençant par faire mémoire d’une figure que nous connaissons bien en France, celle de Dom Prosper Guéranger. Dom Guéranger, nous le connaissons bien parce qu’il est le refondateur du monastère de Solesmes et plus largement, le restaurateur de la vie bénédictine en France et en Europe après les bouleversements révolutionnaires. Mais c’est plutôt le Dom Guéranger liturgiste dont le pape fait mémoire. Dom Guéranger est l’un des pères du mouvement liturgique, il est l’auteur de L’Année liturgique, un commentaire à la fois scientifique, spirituel et théologique de toutes les prières de l’Église au long de l’année liturgique. Le pape, après avoir évoqué la figure de Dom Guéranger, reprend l’enseignement de Pie XII et celui de la Constitution sur la Sainte Liturgie pour préciser que l’année liturgique n’est pas simplement une collection de souvenirs de hauts faits de la vie du Christ, sa naissance, sa mort, sa résurrection, etc… mais la mise en contact, la mise en présence vivante du peuple chrétien par la liturgie, avec les mystères de la vie du Christ : ce que l’on appelle l’actualisation des mystères. Le pape avait développé une théologie de l’actualisation des mystères dans sa première catéchèse, à la suite de celle de Pie XII et de la Constitution sur la Sainte Liturgie.

Léon XIV, ensuite, fait référence à un autre de ses prédécesseurs, Jean Paul II, qui, dans un texte consacré entièrement au dimanche, Dies Domini (lettre apostolique du 31 mai 1998) développe l’idée selon laquelle le dimanche est « le noyau de toute l’année liturgique » (Sacrosanctum Concilium 106) L’expression est belle. Vous savez, quand un enfant par exemple plante un noyau d’avocats, il voit que peu à peu, l’arbre se développe à partir du noyau. Le dimanche est la fête fondamentale, primordiale, qui contient en puissance tout le développement ultérieur, les branches de ce grand arbre majestueux – cette image-là est de Dom Guéranger – que constitue l’année liturgique. Il y a dans le dimanche en puissance toute l’année liturgique, puisque le dimanche constitue la mémoire primordiale, hebdomadaire, de la Pâques du Christ. Le pape Jean-Paul II qualifie le dimanche successivement de « Jour du Seigneur » comme mémoire de la création et mémoire de la résurrection du Seigneur, de « Jour de l’Église », pour évoquer la dimension de rassemblement, de « Jour de l’homme », qui, dans la foulée de la tradition juive du Shabbat, évoque un jour chômé, fait pour l’homme, fait pour des activités non directement économiques, et ensuite de « Jour des jours », dans une ouverture à ce dimanche éternel que sera la vie éternelle.

Le pape Léon insiste tout particulièrement sur la dimension de rassemblement en invitant fortement les chrétiens, les baptisés, à honorer le dimanche par leur rassemblement. Il n’y a pas de dimanche chrétien sans rassemblement. Le culte chrétien est fondamentalement un rassemblement des baptisés pour de faire mémoire dans l’Eucharistie de la mort et de la résurrection de leur Seigneur.

Ensuite, le pape aborde rapidement les principales branches de ce grand arbre qui s’est développé à partir d’un noyau dominical :

  • la branche pascale, qui est la branche maîtresse, puisque très vite, au IIᵉ siècle, s’est mise en place une célébration annuelle de la Pâques du Christ. C’est la fête de Pâques et le cycle associé, avec le Carême, la Semaine Sainte et le temps Pascal, qui est le cœur de l’année liturgique
  • la branche de l’Incarnation avec le cycle de Noël qui s’est développé ensuite pour faire mémoire du même mystère de la naissance, de la mort et de la Résurrection du Seigneur, mais vu de la crèche.

L’année liturgique nous donne donc à voir l’unique Mystère selon différents points de vue. À Noël, on regarde le mystère de l’incarnation, de la mort et de la Résurrection, vu de la crèche. Le Vendredi saint, on le regarde du pied de la croix. À Pâques, on le regarde « au bord du tombeau vide » si j’ose dire, et à la Pentecôte, on le regarde depuis le Cénacle. C’est toujours le même Mystère que, dans sa sagesse et dans sa pédagogie, l’année liturgique nous donne à contempler de différents points de vue. Et puis, il y a d’autres branches : les fêtes de la Bienheureuse Vierge Marie et les fêtes des Martyrs, puis des saints.

Le pape termine cette catéchèse en soulignant le caractère pédagogique de l’année liturgique, en précisant une chose importante, surtout en ces temps de sécularisation, à savoir qu’il n’y a pas de véritable pastorale digne de ce nom qui fasse l’économie d’une insertion dans l’année liturgique. Quand nous étions encore en temps de chrétienté, l’année chrétienne, l’année liturgique, irriguait l’année civile. Actuellement, ce n’est plus le cas. Donc, il est important que dans notre pastorale, dans notre vie chrétienne, nous soulignions particulièrement les grands temps liturgiques que sont l’Avent, le temps de Noël, le Carême, le temps Pascal. Notamment – certes le pape ne l’évoque pas – par les chants. Un chant de Carême n’est pas du tout un chant du temps pascal. Et c’est vrai qu’il y a, par exemple, actuellement, une propension à niveler tous les chants, par la louange ou la méditation par exemple, sans tenir compte du temps liturgique. C’est un exemple que je donne simplement pour illustrer ce que dit pape sur le fait que l’année liturgique nous aide, nous enseigne à vivre chrétiennement le temps qui nous est donné par Dieu.

Le père Gilles Drouin est vicaire général du diocèse d’Évry-Corbeil-Essonnes, et professeur honoraire à l’institut supérieur de liturgie de l’Institut catholique de Paris.

La catéchèse du Saint-Père

Chers frères et sœurs,

Le cinquième chapitre de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium (SC) est consacré à l’année liturgique, thème sur lequel nous souhaitons aujourd’hui fixer l’attention, afin d’en expliquer la valeur dans la vie de tout croyant.

Tout d’abord, il convient de rappeler que cette manière de définir le cycle des fêtes chrétiennes comme « année liturgique » s’est répandue dans le langage ecclésial grâce à l’œuvre du Serviteur de Dieu, l’abbé Prosper Guéranger (1805-1875).

Dans l’encyclique Mediator Dei, le Pape Pie XII affirme qu’il ne s’agit pas d’« une représentation froide et inerte de faits appartenant au passé, ni d’une simple […] évocation de réalités d’autrefois. [L’année liturgique], c’est plutôt le Christ lui-même, qui vit toujours dans son Église et qui poursuit le chemin d’une immense miséricorde qu’il a lui-même commencé […] dans cette vie mortelle […], afin de mettre les âmes humaines en contact avec ses mystères et de les faire vivre pour eux ; mystères qui sont perpétuellement présents et efficaces » (III Divinum Officium et Annus Liturgicus, II Cyclus Mysteriorum). L’année liturgique doit donc être comprise comme une actualisation constante de l’œuvre du salut que le Christ accomplit dans l’histoire. En parcourant ce cycle temporel, l’Église reste en contact avec l’action rédemptrice du Seigneur, de sorte que tous les fidèles sont comblés de sa grâce (cf. SC, 102c). La rencontre avec Jésus, mort et ressuscité pour nous, est la finalité que l’Église poursuit sans cesse, en plaçant au centre de chaque instant la célébration de l’événement pascal.

C’est pourquoi les Pères conciliaires considèrent le dimanche, « le jour de fête par excellence » (cf. SC, 106), comme « le fondement et le cœur de l’année liturgique ». Dans plusieurs langues modernes, son nom atteste qu’il s’agit du « dies Domini », « le jour du Seigneur ». Même dans les langues où a prévalu la référence au « jour du soleil » (Sunday, Sonntag), on entrevoit le lien avec le Christ : le Christ est le véritable « soleil de justice » qui illumine chaque homme !

Saint Jean-Paul II, dans la Lettre apostolique Dies Domini (31 mai 1998), enseigne que le dimanche est le jour du Seigneur, le jour de l’Église, le jour de l’homme et, enfin, le « jour des jours » : « Le dimanche étant la Pâques hebdomadaire, où est commémoré et rendu présent le jour où le Christ est ressuscité d’entre les morts, il est aussi le jour qui révèle le sens du temps. […] Jaillissant de la Résurrection, il fend le temps de l’homme, les mois, les années, les siècles, telle une flèche directrice qui les traverse en les orientant vers le but de la seconde venue du Christ. Le dimanche préfigure le jour ultime, celui de la Parousie » (n° 75), où nous ressusciterons tous.

Pour sanctifier le dimanche, il est fondamental de célébrer l’Eucharistie. L’écoute de la Parole et la participation au Corps du Christ impliquent, selon les Pères conciliaires, le convenire in unum (cf. SC, 106), c’est-à-dire le rassemblement festif des fidèles. Au sein de cette assemblée, la communauté chrétienne rend visible sa communion avec le Seigneur et témoigne de son appartenance au Christ et de sa fidélité à l’Église. Cette assemblée ne peut être remplacée par une présence purement virtuelle, ni se réduire à un rassemblement purement passif. L’assemblée liturgique se réalise en effet dans la participation active des frères et sœurs, convoqués ensemble pour « rendre grâce à Dieu qui les a engendrés, “par la résurrection du Christ d’entre les morts, pour une espérance vivante” (1 P 1, 3) » (ibid.).

À cet égard, j’exhorte chacun à rechercher les meilleures conditions pour que puissent prendre part à la sainte Messe même ceux qui, le dimanche, n’ont pas la possibilité de s’absenter de leur travail.

Très chers, l’année liturgique, rythmée par les dimanches, a une histoire intéressante, dans laquelle s’entremêlent la foi et la dévotion de l’Église. En effet, dès le IIe siècle après J.-C., à la célébration hebdomadaire de la Pâque s’est ajoutée celle de la Pâque annuelle, « solennité suprême » (SC, 102), étendue à la « période très joyeuse » de cinquante jours, culminant à la Pentecôte, et préparée par le temps du Carême avec son caractère pénitentiel (cf. SC, 109). Le développement du cycle de Noël, qui s’est ensuite inspiré du modèle pascal, a permis de revivre les mystères de l’incarnation du Verbe de Dieu, de sa naissance et de sa manifestation au monde. L’Église a ensuite intégré dans les différents temps liturgiques la vénération de la Bienheureuse Vierge Marie, « indissolublement unie à l’œuvre salvifique de son Fils » (SC, 103), ainsi que « la mémoire des martyrs et des autres saints qui […], dans les cieux, chantent à Dieu la louange parfaite et intercèdent pour nous » (SC, 104).

L’année liturgique propose ainsi, sous une forme sacramentelle, la pédagogie de l’histoire du salut, guidant les fidèles depuis l’attente du Messie jusqu’à la plénitude du mystère pascal et à l’anticipation de la gloire future. En son sein, l’Église célèbre l’actualité salvifique du mystère du Christ, permettant aux croyants d’y participer toujours plus profondément. C’est pourquoi l’année liturgique constitue le principe inspirateur et le cadre de référence essentiel de toute action pastorale.

Audience générale – Léon XIV – mercredi 12 aout 2026
© Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

Crédit de l’image en bandeau : @Vatican Media