Commentaire de la couverture

La foi, ô nuit plus aimable que l’aurore ! par Pierre-Marie Varennes

Ici, le fond de ténèbres d’où émergent les disciples, chacun plus ou moins éclairé par la présence du Ressuscité, ne figure pas l’univers de l’incroyance, mais bien au contraire la foi la plus belle, celle qui atteint sa perfection dans la nuit obscure. Ceci est tellement vrai qu’au cœur de ces ténèbres, Rembrandt représente le Disciple que Jésus aimait, couché et endormi (voir le tableau dans son entièreté sur www.magnificat.fr/avril2019). Bienheureux est-il, celui-là qui a cru sans avoir vu ! En effet, comme l’atteste, non sans humour, l’Évangile selon saint Jean, au tombeau vide, quand, en l’absence du corps du Christ il n’y avait plus rien à voir, il vit, et il crut (Jn 20, 8). Et maintenant, quand Thomas veut à tout prix voir, toucher, enfoncer son doigt dans la plaie du Christ, le Disciple que Jésus aimait dort paisiblement, comme un bienheureux :

Au sein de la nuit obscure,

En secret car nul ne me voit,

Ni moi je ne vois rien

Sans autre lumière pour guide

Que celle qui brûle en mon cœur.           

(Saint Jean de la Croix)

 

Pour croire l’incroyable, Thomas demande donc une preuve ; cette preuve, Jésus la lui présente en personne, lui offrant de constater les stigmates de sa Passion : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Rembrandt suit bien la leçon de l’Évangile (Jn, 20-29). Confondu, Thomas n’a plus besoin de toucher pour croire, la présence réelle du Seigneur et sa parole lui suffisent ; il s’exclame, interloqué : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Et Jésus de lui dire : « Parce que tu m’as vu, tu crois. » Puis le Ressuscité ajoute à notre intention : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

À chaque messe, quand après avoir proclamé la parole du Christ Jésus le prêtre élève l’hostie consacrée, comment – alors même qu’il n’y a que du pain à voir –, la foi en la présence réelle qui brûle en nos cœurs, ne nous ferait-elle pas nous exclamer, in petto : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » ?

 

Pierre-Marie Varennes

 

L’Incrédulité de saint Thomas (1634), Rembrandt (1606-1669), Moscou (Russie), musée Pouchkine. © AISA / Leemage.