L’enseignement de l’Église sur la liturgie

La catéchèse du pape Léon XIV sur Sacrosanctum Concilium.

5. La prière de l’Église

L’Eucharistie et la liturgie des Heures sont le souffle de la vie de l’Église.

Chers amis, lecteurs de Magnificat, nous sommes de nouveau ensemble après cette pause estivale pour goûter à nouveau les catéchèses du pape Léon XIV sur la Constitution sur la sainte liturgie. Je suis le père Gilles Drouin, vicaire général du diocèse d’Évry et professeur honoraire à l’Institut supérieur de liturgie de l’Institut catholique de Paris.

Le pape souligne en en ouverture de la catéchèse de cette semaine, une très belle catéchèse consacrée à la prière, que le Concile Vatican II a choisi d’aborder la liturgie à partir de la catégorie de la prière. La liturgie est fondamentalement la prière de l’Église. Il y a de multiples manières d’aborder la liturgie. Souvent, on l’a fait à travers les normes : ce qui est permis, ce qui est défendu, ce qui est prescrit. C’est important, mais le concile Vatican II a choisi de privilégier la dimension de la liturgie comme lieu fondamental de la prière de l’Église. Il le fait à la suite de toute la tradition dont le pape souligne qu’elle remonte aux toutes premières communautés chrétiennes : il fait référence à ce qu’en disent les Actes des Apôtres. Il précise comme les Actes, qu’en fait, si nous prions, c’est l’Esprit Saint qui nous enseigne à prier. Paul dira d’ailleurs que c’est l’Esprit qui prie en nous, et qui par des gémissements ineffables, nous permet de dire : Abba Père. Nous ne pouvons appeler Dieu notre Père que sous la motion de l’Esprit Saint. Le pape souligne que dans un monde qui est le nôtre, marqué par la technique et l’efficacité, prier peut sembler inutile et dérisoire. En fait, il précise que non seulement ça n’est ni inutile ni dérisoire, mais que c’est fondamental. L’homme n’est véritablement homme que dans l’acte de la prière, ou de manière plus précise : l’homme ne révèle jamais autant son humanité profonde que lorsqu’il s’adresse à plus grand que lui dans la prière.

Dans un deuxième temps, qui est le cœur de cette catéchèse, le pape s’arrête sur les deux pôles fondamentaux de la prière liturgique chrétienne : la liturgie des Heures et l’Eucharistie. Les deux, jamais l’une sans l’autre. Je cite une très belle expression de la catéchèse de Léon XIV : « Chaque semaine et chaque jour – chaque semaine, c’est pour l’Eucharistie, chaque jour, c’est pour la liturgie des Heures – l’Eucharistie et la liturgie des Heures sont le souffle de la vie de l’Église qui fait circuler l’Esprit-Saint dans son corps. »
Le pape se met alors à l’école de saint Augustin, son maître, qui a commenté les Psaumes car la liturgie des Heures est fondamentalement une prière psalmique. Il nous invite, à l’école de saint Augustin, à prier la liturgie des Heures, à prier les Psaumes, comme membre de ce grand corps dont le Christ est la tête et dont nous sommes les membres. Jamais prier sans cette union avec le Christ et ses membres. Les Psaumes sont l’expression même de la prière du Christ total, le Christ qui est au Ciel, et dont nous sommes ses membres sur terre. Je cite cet extrait magnifique du commentaire de saint Augustin sur le psaume 85 que reprend le pape : « Lorsque nous parlons à Dieu dans la prière – c’est la prière des psaumes –, nous ne devons pas séparer de lui le Fils ; et lorsque le corps du Fils prie – c’est notre corps – qu’il ne se sépare pas de sa propre tête – le Christ est notre tête ; que ce soit donc le même et unique Sauveur de son corps, notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, celui qui prie pour nous, celui qui prie en nous et celui qui est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre ; il prie en nous comme notre chef ; il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc en lui notre voix, et sa voix en nous. » Texte magnifique que je vous invite, que je nous invite à méditer, à méditer longuement. Je ne peux pas le faire, évidemment, dans le cadre de ce court commentaire, mais quand nous prions les psaumes : « reconnaissons donc en lui notre voix et sa voix en nous ».

 Ensuite, et c’est la finale de cette catéchèse, le pape s’arrête longuement sur la liturgie des Heures. La liturgie des Heures dont il souligne que le concile Vatican II et le pape Paul VI ont souhaité qu’elle devienne la forme habituelle de la prière de tous les baptisés. C’est d’ailleurs une des grandes intuitions fondatrices de la revue Magnificat que de proposer chaque jour, certes, les textes de la messe, mais les textes des deux grandes prières, des laudes et des vêpres, la prière du matin et la prière du soir. Le pape souligne d’ailleurs en ces temps de renouveau catéchuménal que finalement, initier les catéchumènes à la prière devrait commencer par l’initiation à la liturgie des Heures. Le pape termine par une approche plus classique, mais très belle, qui nous dit que la liturgie des Heures, les laudes le matin, les vêpres le soir, les complies au moment du coucher, non seulement évangélisent, mais encore sanctifient le temps humain. Le temps est une créature qui nous est donnée par Dieu et il y a une manière de l’habiter chrétiennement. La liturgie des heures nous rappelle à horaires précis – et ce n’est pas réservé aux moines, aux religieux, aux religieuses ou aux prêtres – que ce temps est un don de Dieu et est à habiter en chrétien. Je termine en citant le pape : « La liturgie des heures sanctifie le temps de notre vie quotidienne : le matin, nous commençons la journée avec foi et gratitude – ce sont les laudes, prière de louange et d’action de grâce – ; à midi, nous demandons la force de rester fidèles au milieu des épreuves – une petite prière pour reprendre souffle – ; le soir, une fois le travail terminé, les vêpres accompagnent le moment du coucher du soleil, la nuit – les complies –, nous nous endormons en nous en remettant à la paix de Dieu. »

C’est une catéchèse très dense, une véritable catéchèse fondamentale sur la prière qui souligne une des grandes intuitions de Vatican II qui est peut-être encore en cours de réception, à savoir que la liturgie des Heures, une fois encore, n’est pas réservée aux consacrés, aux prêtres, aux diacres, aux religieux, aux religieuses, mais que c’est la prière de tous les baptisés, parce que nous baptisés nous sommes tous membres de ce grand corps dont le Christ est la tête.

Le père Gilles Drouin est vicaire général du diocèse d’Évry-Corbeil-Essonnes, et professeur honoraire à l’institut supérieur de liturgie de l’Institut catholique de Paris.

La catéchèse du Saint-Père

Frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Dans cette catéchèse, nous reprenons la réflexion sur la Constitution conciliaire sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (SC). Aujourd’hui, nous nous attardons sur la dimension ecclésiale de la prière liturgique.

Comme le suggère l’apôtre Paul, c’est l’Esprit Saint qui nous enseigne à prier. Depuis le jour de la Pentecôte, l’Esprit habite l’Église, inspirant chacune de ses activités et, en particulier, la prière. La vie de la première communauté, née à Jérusalem après la Pâque de Jésus, est une vie dans l’Esprit donné par le Seigneur ressuscité. « Depuis lors – dit le Concile –, l’Église n’omit de se réunir pour célébrer le mystère pascal ; en lisant « dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24, 27), en célébrant l’Eucharistie dans laquelle « sont rendus présents la victoire et le triomphe de sa mort » et en rendant en même temps grâces « à Dieu pour son don ineffable » (2 Co 9, 15) dans le Christ Jésus « pour la louange de sa gloire » (Ep 1, 12) par la puissance de l’Esprit Saint. (SC, 6).

À notre époque, dans des contextes dominés par une mentalité axée sur l’efficacité et la consommation, la prière peut sembler inutile et dérisoire. Dans un monde où la science et la technique prétendent apporter toutes les réponses, prier peut apparaître comme une forme d’évasion. De plus, même dans de nombreuses familles chrétiennes, la tradition de la prière ne se transmet plus, tandis que beaucoup de personnes risquent de la confondre avec une technique parmi d’autres, de nature psychologique et visant le bien-être personnel. La prière, en revanche, en tant que dimension fondamentale de notre humanité, mérite d’être redécouverte dans sa vérité.

La Constitution Sacrosanctum Concilium a pris cette exigence au sérieux. Et cela réjouissait profondément le pape saint Paul VI qui, en promulguant ce premier document approuvé par le Concile Vatican II, affirmait : « Dieu à la première place ; la prière, notre première obligation ; la liturgie, première source de la vie divine qui nous est communiquée, première école de notre vie spirituelle » (Discours, Basilique Saint-Pierre, 4 décembre 1963).

Dans la Constitution, en effet, le terme « la prière » désigne l’ensemble de la liturgie. Cette perspective est déterminante, car elle a orienté la réforme liturgique en plaçant la participation active des fidèles au cœur de celle-ci. La liturgie est présentée avant tout comme le lieu de la rencontre, de l’initiative de Dieu qui se fait proche de l’humanité en son Fils, « le Verbe fait chair, oint par le Saint-Esprit » (SC, 5), à laquelle nous pouvons répondre « par le Christ, avec le Christ et dans le Christ, dans l’unité du Saint-Esprit », c’est-à-dire grâce à la « prière que le Christ, uni à son Corps, élève vers le Père » (SC, 84).

C’est pourquoi saint Paul VI désirait ardemment que la Liturgie des Heures, c’est-à-dire la prière publique quotidienne de l’Église, inséparable de l’Eucharistie, imprègne profondément, ravive, guide et exprime toute la prière chrétienne et alimente efficacement la vie spirituelle du peuple de Dieu (cf. Const. ap. Laudis canticum).

Pour que ce désir se réalise, la Liturgie des Heures demande à être de plus en plus accueillie et vécue dans la vie quotidienne des baptisés et des communautés. À tant de personnes qui veulent apprendre à prier, en particulier aux catéchumènes, elle peut offrir le chemin et l’école de la prière chrétienne.

Chaque semaine et chaque jour, l’Eucharistie et la Liturgie des Heures sont le souffle de la vie de l’Église qui fait circuler l’Esprit Saint dans son Corps. Dans cette prière, le Christ « s’adjoint toute l’humanité et se l’associe dans ce divin cantique de louange. » (SC, 83) ; ainsi, jour après jour, nous sommes toujours plus associés au mystère pascal et conformés à Lui.

Saint Augustin affirme : « Lorsque nous parlons à Dieu dans la prière, nous ne devons pas séparer de lui le Fils ; et lorsque le corps du Fils prie, qu’il ne se sépare pas de sa propre tête ; que ce soit donc le même et unique Sauveur de son corps, notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, celui qui prie pour nous, qui prie en nous et qui est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre ; il prie en nous comme notre chef ; il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc en lui notre voix, et sa voix en nous » (Enarr. in psalmum LXXXVPL 37, 1081).

Liée à l’Eucharistie, dont elle prolonge la lumière, la Liturgie des Heures sanctifie le temps de notre vie quotidienne : le matin, nous commençons la journée avec foi et gratitude ; à midi, nous demandons la force de rester fidèles au milieu des épreuves ; le soir, une fois le travail terminé, les Vêpres accompagnent le moment du coucher du soleil ; la nuit, nous nous endormons en nous en remettant à la paix de Dieu. Chaque heure est un acte d’espérance : au cours de notre pèlerinage terrestre, nous veillons en attendant, avec toute l’Église, le retour glorieux du Seigneur.

Audience générale – Léon XIV – mercredi 5 aout 2026
© Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana

Crédit de l’image en bandeau : @Vatican Media