Alban de Chateauvieux
Fêté le 2 janvier

Ayant brusquement démissionné de la chaire de Constantinople lors du concile œcuménique de 381 qu’il présidait sous haute tension, Grégoire peut enfin s’éloigner du « tourbillon du monde » pour « adorer, honorer dans le silence et par le silence ». C’est un homme las, usé, brisé, qui prend la direction de Nazianze avant de se retirer définitivement dans la solitude d’Arianze, sa terre natale au sud-ouest de la Cappadoce. L’âme délicate de cet assoiffé de Dieu est encore toute bouleversée par ce qui s’est produit à l’assemblée conciliaire et qu’il avait déjà fustigé en ces termes implorants : « Nous avons divisé le Christ, nous qui aimions tant Dieu et le Christ ! »
Son histoire sainte
Enseveli dans son désert cappadocien, le Nazianzène ressent le besoin de relire sa vie, sa propre histoire sainte. Car s’il se voit « accablé de douleurs » et de « tourments infinis », il croit malgré tout que « le gouvernail du monde » est dans les mains de Dieu : « C’est sur ce fragile vaisseau que nous traversons, au milieu des écueils, les flots inconstants de la vie. » Le grand maître de la foi, dont les cinq Discours théologiques sur le mystère trinitaire (380) lui mériteront le rare titre de « Théologien », étant aussi un poète d’une extrême sensibilité, c’est en vers qu’il se met à écrire.
Grégoire reprend alors son chemin depuis sa naissance vers l’an 330, qu’il compare à celle de Samuel. Comme le prophète, il est en effet le fruit de la prière d’une mère fervente (cf. 1 S 1, 10-11) – « Elle consacre à Dieu l’enfant qu’elle lui demande, et le vœu prévint le don. » Il retrace ensuite à grandes enjambées son périple mouvementé : ses études à Alexandrie et à Athènes, où il se lie d’amitié avec Basile, futur évêque de Césarée ; sa vocation monastique contrariée par son vieux père, l’évêque de Nazianze, qui l’ordonne prêtre et le prend à son service ; sa consécration épiscopale dix ans plus tard, qu’il reçoit avec réticence par son ami Basile cette fois-ci ; sa nomination à la tête de la petite communauté de Constantinople, fidèle à l’orthodoxie trinitaire du concile de Nicée, avant d’être propulsé évêque de la ville impériale.
Un cœur écartelé
À chacun de ces actes de « tyrannie », comme il les qualifie lui-même, Grégoire a réagi en fuyant au désert « pour y mener furtivement la vie qui a toujours fait [ses] délices ». Mais voilà, ce cœur écartelé entre le désir et le devoir, l’appel du désert et l’obéissance à l’Église, avait une vive conscience de la mission que Dieu lui avait confiée : « Serviteur du Verbe, je m’attache au ministère de la Parole, mon verbe est au service du Verbe. » Entraîné « comme par force pour défendre la vérité », il a ainsi mis ses talents d’orateur et d’écrivain au service de l’Église, alors menacée par les discordes et les hérésies. Et, ce, les yeux fixés sur Dieu, « source unique de [ses] forces ».
Au soir de son existence, il se livre à la miséricorde du Dieu Un et Trine : « Où aboutira ma vie qui se déroule parmi tant de vicissitudes ? Dis-le-moi, Verbe de Dieu. Je prie pour qu’elle s’achève à l’inébranlable séjour où est ma Trinité, où est cette Splendeur Une vers laquelle nous élèvent les faibles ombres que nous en percevons. » n
À l’écoute de Grégoire de Nazianze
« Ô toi, l’au-delà de tout, n’est-ce pas là tout ce qu’on peut chanter de toi ? Quelle hymne te dira, quel langage ? Aucun mot ne t’exprime. À quoi l’esprit s’attachera-t-il ? Tu dépasses toute intelligence. Seul, tu es indicible, car tout ce qui se dit est sorti de toi. Seul, tu es inconnaissable, car tout ce qui se pense est sorti de toi. Tous les êtres, ceux qui parlent et ceux qui sont muets, te proclament. Tous les êtres, ceux qui pensent et ceux qui n’ont point la pensée, te rendent hommage. Le désir universel, l’universel gémissement tend vers toi. […] Quel esprit céleste pourra pénétrer les nuées qui couvrent le ciel même ? Prends pitié, ô toi, l’au-delà de tout, n’est-ce pas tout ce qu’on peut chanter de toi ? »
Poème de Grégoire de Nazianze
(Journaliste, Marie de Chamvres collabore régulièrement à Magnificat.






