u Fêtée le 16 octobre u

© Alban de Châteauvieux
« À quoi penses-tu en voulant être religieuse ? Tu ne persévéreras jamais ! » C’est assaillie de tourments que Marguerite marche vers le couvent de la Visitation en ce samedi de mai 1671. L’enceinte à peine franchie, son regard croise celui de François de Sales sur un portrait de l’évêque. Elle comprend que c’est « ici que Dieu la veut ». Celle que le Seigneur nommera lui-même « sa disciple bien-aimée et l’héritière de tous ses trésors » a alors 24 ans. Cinquième d’une famille de sept enfants, elle jouit d’une certaine position sociale. Lorsqu’en 1647 elle voit le jour, son père exerce la charge de notaire royal dans un village de Bourgogne. Cette circonstance heureuse devient vite source de jalousies à la mort du papa. Ainsi, Marguerite a 8 ans lorsqu’elle se retrouve soumise avec sa mère à une vraie servitude chez l’oncle qui les loge. À 10 ans, elle est atteinte d’une maladie étrange, et restera alitée pendant quatre ans. Alors qu’elle promet un jour à la Sainte Vierge de devenir l’une de ses filles si elle guérit, elle est aussitôt exaucée. Marguerite est maintenant devenue une femme. Elle est jolie. Les tentations du monde la saisissent. « Je ne pensais plus qu’à chercher du plaisir dans la jouissance de ma liberté. » Doit-elle répondre aux appels du monde en se mariant et aider ainsi sa maman à fuir la persécution de son oncle, ou rester fidèle à ses premiers amours ? À ces angoisses qui envahissent son âme succède la voix de Dieu qui, après une communion, se fait limpide : « D’où vient que m’étant promise depuis tant d’années, tu veux rompre avec moi pour en prendre un autre ? » Subjuguée, elle est à nouveau conquise. Reste à convaincre sa famille. C’est à force de prières et de larmes que Marguerite obtient d’entrer en 1671 au couvent de la Visitation de Paray-le-Monial.
Le 27 décembre 1673, le Christ lui dévoilera pour la première fois les merveilles de son amour : « Mon divin cœur est si passionné d’amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen », et lui confie de propager cette dévotion à son Sacré Cœur. Il lui partagera par la suite la douleur de l’ingratitude des hommes, révélation d’un amour qui appelle à la réciprocité. En signe de réparation, il demandera à sa bien-aimée de se prosterner, dans la nuit du jeudi au vendredi, « pendant une heure avec moi, la face contre terre […] demandant miséricorde pour les pécheurs », en communiant à l’humble prière qu’il présentait à son Père dans son agonie au jardin des Oliviers. Il souhaitera aussi que soit instaurée une fête au Sacré Cœur. Le contenu des trois « grandes apparitions » (1673-1675) se prolongera par la « grande promesse » de la grâce de la « persévérance finale » pour ceux qui auront communié neuf premiers vendredis du mois.
Mais Marguerite-Marie ignore encore tout cela le jour de son entrée au monastère. Elle veut juste pour le moment apprendre à faire oraison. « Allez vous mettre devant le Seigneur comme une toile d’attente devant un peintre », lui conseille une sœur. Et sur la toile de cette âme qu’il se prépare avec soin, Jésus lui-même viendra dessiner les traits de souffrance de son cœur brûlant d’amour. n






