Mère Saint-Louis (1763-1825)

Par Guillaume Vanier

Par Guillaume Vanier

Le 1 mars 2026

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Alban de Châteauvieux

Fêtée le 4 mars

La vie de Marie-Louise-Élisabeth de Lamoignon, née dans une des grandes familles de l’aristocratie, aurait pu être placée sous le signe des honneurs, des richesses, des plaisirs. Par un attrait spécial de la grâce, et dans les différents états de vie qu’elle embrassa, elle fut placée sous le signe de la croix. Mariée en 1779, à l’âge de 16 ans, avec le comte Molé – « l’homme le plus vertueux, comme aussi le meilleur », écrivait-elle –, son existence fut rapidement confrontée aux malheurs : ceux de son foyer d’abord, avec la perte de trois de ses cinq enfants ; ceux de son pays ensuite, ravagé par les violences de la Révolution qui coûtèrent la vie à son mari, guillotiné le jour de Pâques 1794, et la jetèrent à la rue avec ses enfants. C’est pourtant à la même époque que s’amplifia chez elle le désir de se donner à Dieu et de se donner aux pauvres. Contemplation et action, oraison et charité, voilà les deux piliers de sa vie, comme épouse et mère, puis comme religieuse. Initiée à l’amour des miséreux par sa grand-mère, elle poursuivit cet engagement dans sa paroisse parisienne de Saint-Sulpice où elle fut surnommée « l’ange des mansardes ».

Épouse, mère… et fondatrice !

C’est là aussi qu’elle rencontra l’abbé de Pancemont qui devint son directeur spirituel et joua un rôle considérable dans sa vie. En effet, devenu évêque de Vannes, en 1802, il prit rapidement conscience du désœuvrement des jeunes filles et des possibles dangers qui les attendaient. Il eut alors l’idée de faire appel à Marie-Louise, en qui il avait depuis longtemps discerné un charisme de fondatrice, pour créer à Vannes une maison destinée à accueillir les jeunes femmes défavorisées. Ainsi naquirent les sœurs de la Charité de Saint-Louis, car Mme Molé, en religion Mère Saint-Louis, vouait une grande admiration au roi de France pour sa piété et sa générosité. Dans la charge de supérieure, qu’elle occupa jusqu’à sa mort en 1825, elle donna toute sa mesure, malgré des tentations de découragement, en fondant de nouvelles maisons, en instruisant ses sœurs, en éduquant les orphelines avec une insistance, nouvelle pour l’époque, sur la formation des intelligences. Elle n’était d’ailleurs pas en reste, connaissant le latin au point de lire les Pères de l’Église dans le texte !

Un « pacte » avec la croix

Le ressort de sa vie conjugale puis religieuse se trouve dans un amour très ardent, et même consumant, de la croix avec qui elle lia, dès les années de son mariage, un « pacte ». Avec un vocabulaire qui parfois peut nous heurter – elle souhaite ainsi devenir une victime et un holocauste – et reflète sans doute un reste de jansénisme, Mère Saint-Louis exprime une vérité fondamentale, celle de s’abandonner entièrement à Dieu, de lui laisser toute la place pour qu’il réalise ses œuvres en nous, à commencer par la charité qui vient de lui. Jésus ne disait pas autre chose à ses Apôtres : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24). n

À l’écoute de Mère Saint-Louis

Moi, Marie-Louise-Élisabeth, après m’être mise en la présence de la Très-Sainte Trinité, que j’adore et invoque de tout mon cœur, je choisis la croix de Jésus Christ pour mon partage, je m’y consacre et m’y donne tout entière. Comme chrétienne, j’en suis enfant ; comme religieuse, j’en suis épouse, et dans ce moment, par amour, je fais vœu d’en être la victime. Je demande, comme la plus grande grâce, de ne point me laisser un seul jour jusqu’à ma mort sans porter sa croix. Je promets de les recevoir toutes avec reconnaissance et amour. Je renonce à tout, je lui sacrifie tout sans aucune espèce de réserve, pour obtenir de Dieu la grâce de vivre et de mourir sur la croix et dans son amour.

(Guillaume Vanier, diplômé en théologie, est libraire à La Procure.

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Guillaume Vanier

Le Christ à la mer de Galilée, Circle of Jacopo Tintoretto (Probably Lambert Sustris), Anonymous Artist - Venetian, 1518 or 1519 - 1594. © National Gallery of Art, New-York