dimanche 10 août
19e dimanche du temps ordinaire
Servante à la bougie,
1839, Amsterdam, Rijksmuseum.
Souples disciplines
Père Philippe Lefebvre, o.p.
Je privilégie la version longue du texte d’Évangile parce qu’elle comporte un développement inattendu sur ce qu’est un disciple du Christ. Jésus a donné un premier enseignement ; à ce moment, Pierre lui pose une question et, en bon rabbi juif, Jésus répond à la question par une question, laquelle nous est posée, à nous aussi. Voici d’abord ce que demande Pierre : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tous ? » (v. 41). Jésus l’interroge alors en retour – et il nous interroge par la même occasion. Cette manière de faire est un procédé bien connu dans l’Antiquité pour associer plus intimement le disciple à ce que le maître dit. Le disciple n’est pas un éternel subalterne qui devrait être sans cesse encadré par des consignes précises. Il s’agit bien plutôt, pour lui et pour chacun de nous, d’entrer plus avant dans la parole de Dieu et de méditer, dans la lumière de cette parole, ce qui est à faire, à vivre.
Pierre demande donc si la parabole fixe un cahier des charges destiné aux seuls disciples ou si elle concerne tous ceux qui s’approchent de Jésus. Ce dernier répond : « Quel est donc l’intendant fidèle… ? » Cette énigme nous est posée. Si l’on a quelque mémoire biblique, la réponse est facile : tous les termes que Jésus utilise pour esquisser cet intendant se trouvent dans la Genèse et ils caractérisent Joseph, le fils de Jacob.
À l’école de Joseph
Joseph est vendu comme esclave par ses frères à des marchands qui revendent bientôt le jeune homme à un ministre de Pharaon. À la suite d’une fausse dénonciation, Joseph est jeté en prison, avant de finir ministre de Pharaon ! Dans tous ses emplois, dans l’adversité comme dans la reconnaissance publique, Joseph est un intendant, fidèle aux maîtres qu’il sert. Et il sait donner à chacun « la ration de nourriture » qui convient (cf. Gn 27-50). Bref, la formule de Jésus, gorgée qu’elle est de références à Joseph, contient déjà la réponse, inattendue et intéressante. Là où Pierre attendait des consignes, Jésus répond par la figure d’une personne : Joseph. Ce dernier n’est jamais nommé dans l’Évangile, mais il y est partout présent. Les frères de Joseph l’ont fait passer pour mort auprès de leur père, le vieux Jacob. Et puis, bien des années plus tard, en Égypte, le fils qu’on a dit perdu et même mort est trouvé vivant par les siens. Et tous comprennent que c’est le Seigneur qui a guidé Joseph, le faisant passer de la mort programmée à la vie et à la gloire.
Dans notre Évangile de Luc, Jésus est perdu et retrouvé par les siens au temple quand il a 12 ans (cf. Lc 2). Il racontera un jour la parabole du fils perdu qui revient vers son père (cf. Lc 15). Pour tout disciple, la consigne de Jésus est celle-ci : travailler à la vie et emmener le plus de monde dans ce passage vivifiant. n
Découvrez après les lectures de la messe notre suggestion de prière universelle. Ces intentions sont à adapter en fonction de l’actualité et de l’assemblée qui célèbre.
Bonne fête ! Laurent, Enzo, Laurence, Laure, Lorianne, Lorine