La mort a été faite délivrance de la mort

Le 6 avril 2026

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Giovanni Battista Tinti (1558-1617) est un peintre maniériste italien. Installé à Parme, il fut l’un des artistes qui ont su le mieux pénétrer l’essence du message du concile de Trente (clôturé en 1563) et s’en faire les interprètes.

L’œuvre qui orne la couverture de votre Magnificat n’a pas été peinte sur toile, ni sur un panneau de bois, ni à fresque, mais sur un pan de cuir. En effet, il s’agit en fait d’une bannière réalisée par Tinti pour les processions de la confrérie « des Cinq-Plaies ». Cette confrérie se donnait pour caritatif d’assister les pauvres confrontés à la mort en leur assurant une sépulture décente, mais aussi en venant en aide aux survivants que, bien souvent, la perte d’un père ou d’une mère, ou d’un mari, menaçait de faire passer de la pauvreté à la misère. Cette confrérie, toute florissante qu’elle était encore, a été dissoute manu militari en 1911 par un gouvernement italien anticlérical.

L’œuvre est traitée en trompe-l’œil pour bien montrer que le Christ jaillit du trou noir de la mort qui l’a englouti, pour revenir à la lumière de la vie. Le cadre doré dont le Ressuscité est en train de franchir le pas matérialise la porte qui ouvre de la mort sur la vie. Et ce, non seulement pour Jésus lui-même, mais pour toute l’humanité. Ce mystère de la délivrance du genre humain est signifié sur les montants du cadre par la représentation de l’archange saint Michel : à gauche (du spectateur) gardant l’entrée du paradis terrestre et, à droite, embrassant (embrasser au sens premier : serrer dans ses bras, étreindre) l’Arbre de vie pour en interdire l’accès. Et précisément, le titre de l’œuvre est Le Christ ressuscité embrassant la croix : la croix est bien l’Arbre de vie que le Fils de Dieu a embrassé pour nous en rendre le libre accès.

Alléluia, Jésus est vraiment ressuscité !

Il est de nouveau permis à tous ses frères et sœurs en humanité d’avancer la main, de cueillir le fruit de l’arbre de vie, d’en manger et de vivre éternellement ! (cf. Gn 3, 22-24). La juxtaposition de ces images bibliques permet à l’artiste de nous donner à voir l’indicible : la croix-arbre-de-vie embrassée par Jésus réalise un retournement total du destin humain : signe terrifiant de souffrance, de supplice et de mort, elle devient signe du triomphe sur la souffrance et la mort, ouvrant sur un Au-delà de béatitude. C’est le sens de la maxime, à méditer pour soutenir la contemplation de l’œuvre, qui figure en haut du cadre : Vulneris de vulnere Salus, « La blessure a été faite la délivrance de la blessure ».

Cette blessure mortelle qui nous sauve de notre blessure originelle, mortelle elle aussi, nous est donnée à contempler ici, non seulement accomplie une fois pour toutes dans ce qui fut son avènement historique, mais encore dans son actualisation sacramentelle en nos vies : de la blessure du côté du Sauveur, ne cesse de couler jusqu’à la fin des temps le sang eucharistique recueilli dans un calice par un ange, ce vin divin qui nous permet de communier vraiment, réellement, à l’offrande que Jésus a faite de sa vie pour notre salut, au point de nous rendre capables, en tant que membres agissants de son corps qui embrasse la croix, de nous aimer les uns les autres vraiment, réellement, comme Jésus nous a aimés.

Vulneris de vulnere Salus, cette maxime confère donc une dimension programmatique à la bannière, dimension explicitée par l’inscription qui figure en bas du cadre : Hunc socii sentite in vobis, « Frères, éprouvez cela en vous », autrement dit : « Frères, ne vous contentez pas de contempler ce grand mystère, mais donnez-lui, par votre vie donnée, de s’accomplir en vous. »

Pierre-Marie Varennes

Le Christ ressuscité embrasse la croix (1594), Giovanni Battista Tinti (1558-1617), Galerie nationale, Parme, Italie. © Scala, Florence – Courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. GP-RMN / image Scala

 

 

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