Alban de Châteauvieux
Fêtée le 30 avril 

« En mon sommeil, les yeux levés vers le Ciel, je le vis ouvert et notre Seigneur Jésus Christ en forme humaine en sortir. » Le récit de ce rêve s’apparentant à une grâce mystique est celui d’une petite fille de 7 ans. Elle s’appelle Marie. Née en 1599 au sein d’une famille catholique, la famille Guyart, à Tours, son âme s’enracine très jeune dans un solide terreau de foi et de bonnes mœurs. Lorsqu’à 14 ans elle exprime son désir d’entrer chez les Bénédictines, sa vocation se déclare. Ses parents l’incitent plutôt à se marier. Elle épouse à 17 ans un maître-ouvrier en soie, ce dernier la laisse veuve six mois après la naissance de Claude, leur fils. Marie choisit alors de vivre une vie de prière et d’abnégation tout en prenant soin de donner une éducation à son fils. Elle élit domicile chez sa sœur et son beau-frère et met à leur service ses talents d’administratrice qui les aident à consolider leur entreprise de transport fluvial. En même temps, Marie vit des grâces mystiques, dont une grande vision trinitaire, moment charnière dans sa vie de foi, symbole de ses fiançailles avec Dieu.
Le 25 janvier 1631, c’est un nouveau bouleversement pour Marie, qui cette fois quitte sa famille et son fils, alors pensionnaire chez les jésuites, pour entrer au noviciat des ursulines de Tours. Son engagement par vœux dans la communauté la propulse deux ans après sous-maîtresse des novices ; cette année-là, à Noël, celle qui porte désormais le nom de Marie de l’Incarnation est une fois encore visitée par le Ciel et avertie en songe de l’existence d’un pays sauvage et inconnu où Dieu l’invite à se rendre. Ni le cloître ni la vision de la vie religieuse du xviie siècle n’arrêtent alors son élan missionnaire. Le Seigneur lui confirme, au cours d’une autre vision, qu’elle doit se rendre au Canada pour y construire « une maison à Jésus et à Marie ». Les signes de la Providence sont au rendez-vous : un prêtre l’encourage à partir et une bienfaitrice s’engage à financer le projet d’établissement des Ursulines en Nouvelle-France.
La passion de la mission
Elles partent à trois religieuses fonder le premier monastère et arrivent à Québec, le 1er août 1639. Éprouvées dans leurs premiers pas, rien ne décourage la fondatrice, qui non seulement dispense une instruction aux jeunes filles françaises et autochtones, mais se rend également présente dans la vie économique, politique, culturelle ou religieuse de la Nouvelle-France. Dans les relations épistolaires qu’elle entretient avec son fils, elle se préoccupe chaque jour des événements qui ont lieu à Québec. Mme de La Peltrie, cette bienfaitrice qui l’aura accompagnée tout au long de sa fondation, meurt en novembre 1671. Marie de l’Incarnation la suit de près, le 30 avril 1672, à Québec. Elle a 72 ans. Devenue un personnage emblématique de la Nouvelle-France, elle laissera un immense héritage à travers ses écrits qui font d’elle, en plus de sa sainteté, l’une des grandes figures de la littérature française du xviie siècle. Après avoir été déclarée bienheureuse et « mère de l’Église au Canada » par Jean-Paul II, elle est canonisée en 2014 par le pape François, et désormais fêtée le 30 avril. n
À l’écoute de Marie de l’Incarnation
Mon doux amour, mes délices adorables, […] ne savez-vous pas que mon désir est véritable ? Oui, vous le savez, car mon cœur est à découvert en votre présence proche de l’autel de votre Sacré Cœur. Que je sois donc toute vôtre comme vous êtes tout mien. Autel sacré, que sur vous soit fait le sacrifice ! Ô mon doux amour, je suis unie à vous et à votre cœur embrasé ! Je vis et je meurs tout ensemble : je vis parce qu’on ne peut être unie à vous sans vivre de votre vie : ô vie admirable ! Et je meurs parce que cette union est aussi une mort qui fait finir tout ce qui n’est pas vous ; ainsi vivant et mourant, je ne suis pas à moi, mais à vous, ô mon cher tout, ô mon Amour, le désir unique de mon âme.
Prière d’abandon à Jésus






