dimanche 22 mars
5e dimanche du Carême
Journée du CCFD (en France)

La Résurrection de Lazare,
Johann Georg Trautmann (1713-1769),
Amsterdam, Rijksmuseum.
Première défaite de la mort
Christelle Javary
La société américaine Alcor, fondée en 1972, peut raisonnablement espérer accueillir cette année son 300e patient. Il faut préciser qu’elle dispense un seul type de soin, hautement spécialisé : la conservation, dans un bain d’azote liquide, d’un corps dont le décès a été déclaré. Un cadavre, alors ? Pas du tout ! Une personne qui repose dans l’attente du jour où les progrès de la science permettront de la ranimer et de guérir la maladie à laquelle elle a succombé. À la clé, donc, une vie perpétuelle – à ne pas confondre avec la vie éternelle. On peut sourire ou hausser les épaules, mais ne s’agit-il pas d’un rêve vieux comme l’humanité : échapper à la mort ?
Si tu avais été ici…
Lazare, lui, est mort et bien mort, comme le signale le détail cru de l’odeur de décomposition émanant de son tombeau. Marthe et Marie, ses deux sœurs, n’avaient pas manqué de prévenir Jésus, arrivé trop tard (peut-être intentionnellement). « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort » : le reproche implicite que Marthe puis Marie se donnent la liberté d’exprimer rejoint toutes nos espérances déçues, nos prières qui n’ont rien obtenu, ces moments douloureux où nous avons eu l’impression que Dieu nous abandonnait. Marthe, pourtant, croit à la résurrection, au dernier jour, c’est-à-dire au-delà de l’horizon terrestre. Or, Jésus est là, devant elle, et c’est au présent qu’il proclame solennellement : « Moi, je suis la résurrection et la vie. » Parole d’autorité du Fils de Dieu qui se conjugue à la poignante sensibilité du Fils de l’homme, versant les mêmes larmes que ses amies. La tombe de Lazare, fermée par une pierre, est identique à celle qui renfermera bientôt le corps du Crucifié. Leurrés par nos rêves de toute-puissance, nous prenons parfois le Christ pour une sorte de super-héros ; or, ce n’est pas en échappant à la mort qu’il nous sauve de la mort, c’est en l’acceptant et en la traversant.
« Déliez-le »
Pour l’heure, c’est Lazare qui est réveillé par cet ordre incroyable : « Viens dehors ! » La mort relâche sa proie, le mort revient au jour. Ce signe inouï d’une force qui n’appartient qu’à Dieu requiert pourtant la collaboration de l’homme. « Déliez-le, et laissez-le aller », demande Jésus en désignant les bandelettes qui emprisonnent encore Lazare. Nous n’avons pas le pouvoir de ramener quelqu’un à la vie, mais nous pouvons délier, par le pardon, les liens qui entravent la vie. Nous pouvons aussi « laisser aller » un de nos proches, par exemple un enfant, en acceptant sereinement qu’il suive son propre chemin, fût-il différent du nôtre. Alors que le Carême touche à sa fin, il est temps pour nous d’être les serviteurs de la vie que le Seigneur désire nous donner en abondance. n
Découvrez après les lectures de la messe notre suggestion de prière universelle. Ces intentions sont à adapter en fonction de l’actualité et de l’assemblée qui célèbre.

Bonne fête ! Léa, Liliane, Octavien, Paul-Serge






