À la lumière d’Amoris Laetitia

Prier en famille cet été

3. La patience, un art de la mise à distance

Le Podcast

La proposition concrète à vivre en famille

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Bonjour à vous !

À l’occasion du 10ᵉ anniversaire de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia, le pape Léon XIV nous invite à redécouvrir la richesse de l’amour familial. Et si, cet été, on profitait du temps en famille pour vivre des moments spirituels simples et authentiques, même au cœur des vacances ?

Les vacances, c’est le temps du repos, des retrouvailles, du lâcher-prise. Ce pourrait être aussi une belle occasion de prier ensemble, de façon spontanée, au cœur de la nature ou dans le quotidien partagé. Au cours de 7 rendez-vous, la rédaction de Magnificat vous proposera des idées, courtes et accessibles à tous, pour prier en famille et grandir ensemble dans l’amour.

Aujourd’hui, nous allons évoquer deux réalités profondément humaines, et familiales : le pardon et la patience. Deux mots que l’on connaît bien, que l’on prononce souvent… mais que l’on pratique parfois avec maladresse.

Et si nous prenions le temps de les redécouvrir ensemble, pour mieux les vivre au sein de nos familles ?

Le pardon n’est ni oubli, ni faiblesse

La vie de famille, c’est beau. Mais soyons honnêtes : c’est aussi parfois compliqué. Les incompréhensions, les mots qui dépassent la pensée, les silences qui durent trop longtemps, les petits mensonges qui s’accumulent… Tout cela vient, un jour ou l’autre, blesser notre capacité à vivre ensemble. Et c’est là que le pardon entre en scène.

Le pardon est une dimension essentielle de la vie familiale, au même titre que la gratitude ou le service. Mais attention : le pardon, ce n’est pas faire semblant. Ce n’est pas sourire en disant « ce n’est pas grave » alors que, au fond, ça fait vraiment mal. Ce n’est pas non plus se rabaisser, ni laisser croire à l’autre qu’il peut recommencer.

Alors, qu’est-ce que le pardon, vraiment ?

C’est une distinction volontaire entre la personne et ses actes. C’est regarder l’autre et se dire : « Ce que tu as fait m’a blessé. Mais toi, tu vaux mieux que cela. » C’est un refus de devenir complice du mal qu’on nous a fait. Un refus de laisser la blessure nous définir, nous enfermer, nous aigrir.

Demander pardon et donner pardon sont deux gestes distincts.

Demander pardon, c’est reconnaître sincèrement que l’on a blessé l’autre. Pas seulement dire « désolé » du bout des lèvres. C’est pouvoir dire, vraiment : « Je te demande pardon parce qu’en disant ou en faisant cela, je t’ai blessé. »

Et voilà quelque chose d’important, souvent mal compris : on peut blesser l’autre même en pensant avoir eu raison d’agir comme on l’a fait. Demander pardon, ce n’est pas forcément reconnaître ses torts. C’est reconnaître la blessure de l’autre. Ce n’est pas la même chose.

De l’autre côté, celui qui pardonne doit aussi commencer par nommer ce qu’il a vécu. Il ne s’agit pas de minimiser ou d’effacer. Savoir dire simplement : « Quand tu as dit ou fait cela, ça m’a fait mal. Ces mots, cette attitude, m’ont blessé. Mais je sais que tu vaux mieux que cela. C’est pourquoi je te pardonne. »

Et parfois, il faut du temps. Il n’est pas toujours bon de donner le pardon immédiatement. Il convient parfois de laisser passer quelques heures, quelques jours, pour bien prendre la mesure de ce qui s’est passé. Le pardon n’est pas une case à cocher rapidement. C’est un chemin.

Vivre le pardon en famille, sous le regard de Dieu

Dans une famille chrétienne, on peut donner au pardon une dimension plus rituelle. Pourquoi pas, par exemple, lors de la prière du vendredi soir, prendre le temps de revenir sur la semaine écoulée ? Chacun peut alors exprimer une demande de pardon, librement, sans contrainte. L’important, c’est que tous se sentent invités, mais que personne ne se sente forcé.

On peut aussi conclure ce moment par un geste simple et beau : tracer le signe de la croix sur le front de l’autre. Un geste qui dit, sans beaucoup de mots : « Je te bénis. Je te remets entre les mains de Dieu. »

Aborder le pardon sous le regard de Dieu, c’est aussi permettre aux enfants de comprendre que le péché n’est pas seulement une « bêtise ». C’est une réalité qui concerne tout le monde, adultes compris. Et que Dieu, lui, pardonne toujours.

La patience met à distance ce qui nous enflamme.

Le pardon ne vient pas seul. Il a besoin d’une compagne fidèle : la patience.

Le mot latin patior a donné en français les mots passion, pâtir, patient. La patience, c’est cette disposition intérieure qui permet de tenir bon dans les situations difficiles, sans perdre courage, sans se laisser submerger. C’est l’endurance tranquille, le calme conservé devant la provocation, sans plainte ni irritation.

Et le grec biblique nous offre une image magnifique. Dans la première lettre aux Corinthiens, saint Paul écrit : « L’amour prend patience. » Le mot grec utilisé est makrothumeo : makros, la mise à distance dans l’espace ou le temps, et thumos, la passion, l’ardeur, la colère — ce qui nous enflamme, parfois jusqu’à la folie. La patience, c’est donc l’art de mettre à distance, avec douceur, ce qui vient nous affecter négativement. Voici une belle définition !

Être patient envers soi, envers les autres, envers Dieu

Sainte Thérèse d’Avila nous le dit avec une simplicité lumineuse : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie. Tout passe. La patience obtient tout. Dieu seul suffit. »

Le trouble présent vient souvent des blessures du passé. La frayeur surgit quand on se projette dans un avenir que l’on redoute. Mais dans la prière, on peut nommer calmement ces personnes, ces situations qui nous troublent, et les plonger en Dieu. La patience permet d’orienter ce que l’on éprouve vers quelque chose de plus grand, d’éternel, qui ne passe pas.

Que passe tout ce qui par nature passe ! Notre part, c’est de ne pas nous y engloutir. De ne pas l’ignorer non plus. Mais de regarder vers l’amour qui demeure.

La patience, critère et condition de l’amour

L’amour espère tout, dit encore saint Paul. Il espère toujours un revirement, un pardon, une conversion. Le danger, c’est de fonctionner par clichés instantanés — ces instantanés émotionnels qui figent les êtres dans un moment de crise, comme si ce moment résumait tout ce qu’ils sont.

La patience est le fruit de l’amour : si j’aime vraiment quelqu’un, il m’est plus facile de prendre de la distance avec ce que je ressens de négatif à tel moment, pour lui laisser le temps de revenir, de s’expliquer, de grandir. La patience devient alors un critère de l’amour authentique et durable.

Mais la patience est aussi une condition de l’amour. Mes emportements répétés ne permettront pas à l’amour de se construire, de durer, de traverser les épreuves. « L’amour ne s’emporte pas, l’amour espère tout » — et jusqu’au bout.

Alors, en ce début de semaine, nous vous invitons à une petite question intérieure : envers qui ai-je besoin d’exercer la patience ? À qui dois-je demander pardon, ou donner pardon ?

Prenez le temps. Laissez Dieu agir. Et rappelez-vous : la patience obtient tout.

Pour conclure nous pouvons lire ou relire un nouvel extrait de l’encyclique Amoris laetitia du pape François.

Quand on a été offensé ou déçu, le pardon est possible et souhaitable, mais personne ne dit qu’il est facile. La vérité est que seul un grand esprit de sacrifice permet de sauvegarder et de perfectionner la communion familiale. Elle exige en effet une ouverture généreuse et prompte de tous et de chacun à la compréhension, à la tolérance, au pardon, à la réconciliation. Aucune famille n’ignore combien l’égoïsme, les dissensions, les tensions, les conflits font violence à la communion familiale et peuvent même parfois l’anéantir : c’est là que trouvent leur origine les multiples et diverses formes de division dans la vie familiale.

Amoris Laetitia n°106

Avec tous nos remerciements à la sœur Marie-Hélène Robert et au père Arnaud Toury dont les textes ont largement inspiré cette proposition.

Crédit de l’image en bandeau : Le christ et les enfants (1910), Maurice Denis (1870-1973), collection privée. @Bridgeman Images.