Les trésors de la rédaction

Notre-Dame-du-Rosaire à Lourdes

Par Nathalie Nabert

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Haut lieu de prière et de recueillement, le sanctuaire de Lourdes accueille chaque année plusieurs millions de visiteurs, dont 60 000 malades.

Le sanctuaire de Lourdes est né de la foi simple et humiliée d’une visionnaire de 14 ans, Bernadette Soubirous, qui, le 11 février 1858, allant chercher du bois avec sa sœur et une amie au lieu-dit la grotte de Massabielle, sentit un « coup de vent » et vit dans une « lumière douce » « une belle enfant », vêtue de blanc portant une ceinture bleue et une rose jaune sur chaque pied, faire le signe de croix. Vision silencieuse tandis que Bernadette récite son chapelet. Et cette première apparition dont les jeunes filles qui accompagnaient Bernadette ne surent pas garder le secret sera suivie de dix-sept autres, de beaucoup de tracas et de souffrance pour Bernadette et sa famille. Faut-il expliquer cette réticence à croire Bernadette par le fait que ces événements eurent lieu douze ans après l’apparition de Marie à La Salette, qui avait provoqué tant de débats contradictoires au plan politique et religieux ? Toujours est-il qu’une une fois admises les apparitions, ce sont les images de Bernadette, vêtue d’un modeste châle, d’un foulard de coton rayé, à la manière des paysannes, dans son immense simplicité et la candeur de sa ferveur, qui ne cesseront de circuler. Dès 1862, on les envoie en signe de reconnaissance aux généreux donateurs qui contribuèrent à l’édification de la première basilique.

De la parole intérieure au regard du monde

La visionnaire de Massabielle est une enfant pauvre, simple, qui ne parle pas le français, mais le gascon de Bigorre, langue qu’utilise son apparition qu’elle nomme « Aquero », ne sachant pas qui est « cette chose » et qu’elle refusera d’appeler Vierge Marie au cours des entretiens – parfois violents – qu’elle aura avec les autorités civiles et ecclésiastiques, car jamais cette apparition ne lui dit ce nom. Le seul nom qu’elle lui communiqua, le 25 mars 1858, lors d’une des dernières apparitions fut : l’« Immaculée Conception ». Or le dogme de l’Immaculée Conception avait été proclamé quatre ans plus tôt par le pape Pie IX, en 1854, dans la bulle Ineffabilis Deus, marquant un pas décisif dans la reconnaissance de la ferveur mariale qui traversa le XIXe siècle.

Évidemment, cet aspect théologique n’avait pu être inventé par Bernadette, ce qui finit par emporter l’adhésion des autorités. Mais, les quinze jours durant lesquels « la belle enfant vêtue de blanc » lui avait demandé de venir à la grotte pour lui révéler, par bribes, la nécessité de faire pénitence, la source dissimulée sous la boue de la grotte, et le devoir de construire une chapelle à l’endroit de leur rencontre et d’y organiser une procession, furent un combat de tous les instants pour Bernadette. En effet, son comportement étrange, lorsqu’elle boit de l’eau boueuse et mange de l’herbe, en suivant ce que l’apparition lui suggère, fait qu’elle est tour à tour menacée, calomniée, et qu’elle subit même l’interdit de se rendre à la grotte, tandis qu’une frénésie collective s’empare des habitants de Lourdes et de ses alentours.

De la grotte au sanctuaire

L’histoire des apparitions de Lourdes, des premiers vrais et faux miracles de l’« eau guérisseuse », l’édification de la première basilique de l’Immaculée-Conception au-dessus de la grotte, consacrée en 1876, suivie par celles de Notre-Dame-du-Rosaire consacrée en 1901 et de la basilique souterraine Saint-Pie-X, consacrée en 1958, pour accueillir les milliers de pèlerins venus du monde entier, se sont chargées des signes grandioses et universels d’une foi simple et abandonnée à la grâce de Dieu dans le sourire protecteur de Marie, sourire rapporté par Bernadette, lors de l’apparition du 3 mars 1858.

Dans ce spectaculaire ensemble architectural sacré, fait pour accueillir les malades et les pèlerins, l’esplanade de la basilique Notre-Dame-du-Rosaire frappe par son ouverture qui peut accueillir jusqu’à 80 000 visiteurs, bruissant du murmure du rosaire récité, et scintillant, à la nuit tombée, des luminaires portés par la foule recueillie et en prière.

Ici, le temps et les frontières s’estompent dans la nudité d’un pur abandon à la grâce divine des maux physiques, psychologiques et spirituels qu’on y dépose avec l’orgueil, l’exigence rationnelle et la méfiance, confiant à l’eau « miraculeuse », à l’Immaculée Conception et à la prière le soin de disposer de tout.


©MGF 375, février 2024

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Nathalie Nabert

Nathalie Nabert, laïque et mère de famille, est poète, doyen honoraire de la faculté des lettres de l’Institut catholique de Paris, professeur de littérature médiévale, fondatrice du CRESC, « Centre de recherches et d’études de spiritualité cartusienne », et de la collection « Spiritualité cartusienne » chez Beauchesne.

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