Magnificat

Les trésors de la rédaction

Nous formons un même corps

Par Hélène Villars

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Visiter ceux qui souffrent pourrait sembler chose bien naturelle et, pourtant, Jésus révèle que cette activité ouvre les portes du Royaume.

De grandes foules vinrent à Jésus,
avec des boiteux, des aveugles, des estropiés,
des muets, et beaucoup d’autres infirmes ;
on les déposa à ses pieds et il les guérit.

(Mt 15, 30)

Comme les foules de l’Évangile, l’Église continue fidèlement d’accompagner ceux qui souffrent de toutes sortes de maladies à la rencontre du Christ. Elle le fait de plusieurs manières. Son premier souci est de rejoindre celui qui ne peut plus venir à l’assemblée en le visitant fraternellement, mais aussi en lui portant la communion. Dans certaines circonstances, elle aura recours au sacrement des malades. Et souvent, elle priera pour ses malades au cours de l’eucharistie, parfois de manière plus instante, en utilisant le formulaire de la messe pour les malades.

Vous m’avez visité…


Visiter ceux qui souffrent pourrait sembler chose bien naturelle et, pourtant, Jésus révèle que cette activité ouvre les portes du Royaume. Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous […], j’étais malade, et vous m’avez visité (Mt 25, 34.36). Elle n’est donc pas si naturelle que cela. La maladie atteint chacun, le visiteur et la personne malade, bien que différemment. Voir l’autre affaibli renvoie à sa propre fragilité, si difficile à accepter. Elle oblige à reconnaître la dépendance qui nous lie au Père. Dans la santé comme dans la maladie, mes jours sont dans ta main (Ps 30, 16).

La maladie éloigne de la communauté chrétienne et, au moment où la faiblesse s’empare du corps, cette rupture du lien ecclésial peut être cruellement ressentie. Le psalmiste le savait bien lorsqu’il criait vers le Seigneur : Tu éloignes de moi mes amis, tu m’as rendu abominable pour eux (Ps 87, 9). Au-delà du lien d’amitié, déjà très important, rendre visite à un membre souffrant du corps du Christ qu’est l’Église souligne la communion du corps entier. Quand un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance, dit saint Paul aux Corinthiens (1 Co 12, 26).

Visiter les malades est un geste éminent de charité qui garde au frère souffrant sa dignité d’homme convié à faire de sa vie une réponse personnelle aux appels de Jésus Christ.

Au cœur de la communauté


Éloigné de la communauté, le malade n’est pas seulement le bénéficiaire de nos visites fraternelles. Il fait partie du corps et, à ce titre, il a une part « active » à prendre dans la vie de ce corps. Mais son activité apparemment « improductive » est d’un autre ordre. L’Église reconnaît que la maladie est le lieu privilégié de l’union au Christ souffrant. Ainsi donc, le malade vit une forme particulière de communion avec le Christ, qui s’est chargé de nos douleurs (Is 53, 4). En faisant l’offrande de ses souffrances dans la prière, souvent silencieuse, le malade prend part à un apostolat dont la fécondité le dépasse. Cette fécondité est de l’ordre de la communion des saints. Quelque chose déborde de la prière et de la communion eucharistique qui lie entre eux tous les membres de l’Église.

Apporter le pain de vie aux malades est un geste que l’Église a toujours pratiqué. Elle manifeste ainsi que le malade est toujours uni à l’assemblée. Dans la pratique de la communauté, appeler, juste avant la communion, ceux qui ont reçu la charge de porter la communion aux malades permet à l’assemblée dominicale de prendre conscience de la présence absente de ces derniers.

Une même bénédiction est alors donnée à ceux qui vont distribuer la communion aux fidèles, présents ou absents.

« Que le Seigneur vous bénisse,
car vous allez distribuer à vos frères
le pain qu’il a partagé pour eux. »

Porter le pain de vie


C’est un honneur que certains ont payé du prix de leur vie – pensons à Tarcisius – que d’aller porter la communion au malade, un service fraternel qui s’inscrit dans le mouvement même du don de l’eucharistie. Jésus est venu pour les malades que nous sommes afin de nous rendre la vie. Quoi de plus juste que d’aller porter le pain de vie à ceux qui ont besoin d’un surcroît de vie ? C’est un service plein de simplicité que peuvent accomplir tous les baptisés. Par respect pour le mystère eucharistique autant que pour le malade, certains membres de la communauté sont désignés et formés plus spécialement pour cela. Il s’agit d’apporter au malade « le réconfort de la Parole et le pain ou le vin eucharistique partagé dans l’assemblée (1) ». L’état du malade donne toujours la mesure dans la manière d’apporter ce réconfort. Les différentes possibilités offertes par le rituel et le bon sens pastoral permettent cet ajustement qui découle de la charité eucharistique.

Un sacrement


La sollicitude de Jésus pour les malades, perpétuée dans l’Église primitive, ne s’est pas démentie jusqu’à aujourd’hui. Si l’un de vous est malade, qu’il appelle ceux qui exercent dans l’Église la fonction d’Anciens : ils prieront après lui avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur (Jc 5, 14). Ce que recommandait saint Jacques se retrouve dans le rite actuel du sacrement des malades, quelques gestes très simples accomplis par un prêtre : une imposition des mains, une onction d’huile sur le front et les mains du malade, accompagnées d’une prière de foi.

« Par cette onction sainte,
que le Seigneur, en sa grande bonté,
vous réconforte par la grâce de l’Esprit Saint. Amen.
Ainsi, vous ayant libéré de tous péchés,
qu’il vous sauve et vous relève. Amen. »

C’est au cœur d’un itinéraire spirituel que la personne souffrante pourra manifester le désir de recevoir le sacrement des malades, qui pourra être donné dans sa chambre comme au cœur de l’assemblée dominicale. Toute la communauté est concernée par ce sacrement. S’il est d’abord un geste du Christ qui touche le malade, il sollicite la foi des fidèles assemblés, fait grandir leur espérance et les interroge sur l’attention qu’ils portent aux personnes malades.

Prier pour les malades


Bien avant d’instaurer la Journée mondiale de prière pour les malades, Jean-Paul II lançait cet appel vibrant : « N’oubliez pas les malades […]. S’il n’y avait pas de malades parmi vous, vous pourriez être tentés de considérer la santé, la force, le pouvoir comme les seules valeurs importantes de la vie. Mais la sagesse et la puissance du Christ sont visibles dans la faiblesse de ceux qui participent à ses souffrances (2). »

Les personnes malades sont au milieu de nous. Il est un devoir minimal que chacun peut accomplir en leur faveur : prier pour eux ! Il suffit de se tourner vers le Christ et de lui dire, comme Marthe et Marie : Seigneur, celui que tu aimes est malade (Jn 11, 3).

Prier, c’est prendre les malades dans nos mains pour les présenter, offrande unie à celle du Christ, à l’amour du Père. La prière rassemble ce qui est dispersé. Elle prend en charge les malades et les maintient à leur place dans le corps du Christ.

« Accueille, Seigneur, l’offrande et la prière
que nous te présentons pour les malades :
en s’unissant au Christ immolé pour les hommes,
qu’ils reçoivent de croire que tu les aimes en lui ;
qu’ils soient aux yeux des bien-portants
les signes que l’Esprit travaille ce monde (3). »


Notes

1. Sacrements pour les malades, n° 27.
2. Lourdes, 1983.
3. Prière sur les offrandes de la messe pour les malades.

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Hélène Villars

MGF no 207, février 2010