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Les trésors de la rédaction

Quatre figures pour l’Avent

Par Serge Kerrien

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Temps de l’accueil du Sauveur, l’Avent est aussi et surtout celui de la conversion du cœur.

Le temps de l’Avent nous est familier et nous l’abordons le plus souvent par deux aspects de sa spiritualité : l’espérance de l’avènement du Seigneur dans la gloire et l’attente de Noël. Nous ne prêtons pas toujours attention aux modèles que la liturgie nous propose : Isaïe, Jean Baptiste, Marie, et Joseph, si discret qu’on l’oublie facilement. Accueillons ces quatre figures et laissons-nous conduire par elles pendant ces quelques semaines.

Isaïe, prophète d’espérance

Jérusalem est menacée ; le peuple vit dans l’angoisse de l’avenir. Isaïe se lève et invite ses frères à l’espérance. Il rappelle et confirme la promesse de Dieu : conduire à son terme son projet de rassembler ses enfants de toutes les nations dans l’unité et dans la paix. Promesse d’un monde nouveau où les irréconciliables se réconcilient, où le roi fait régner la justice et la paix. Promesse que Dieu sauvera son peuple et que personne ne sera exclu de la joie qu’il offre.

Belle figure que celle d’Isaïe dont la vigoureuse interpellation nous convoque à lire aujourd’hui les signes des temps, à changer nos désirs pour ne désirer que la venue du Seigneur et l’établissement de son règne. Car c’est dans notre temps que résonnent les paroles d’Isaïe, comme une exhortation pressante à bannir toute violence, à lutter pour la justice, la droiture, l’attention aux personnes, la fidélité à l’Alliance. Nous voilà pressés de collaborer avec Dieu, chacun là où il est, avec ses charismes et ses limites, à la construction d’un monde nouveau. Nous voilà incités à renoncer à nos volontés de puissance, de violence, d’injustice pour ouvrir nos cœurs aux pauvres, aux petits. Nous annoncerons ainsi la venue du Christ, car à chaque fois qu’un homme accomplit un geste de paix, d’amour ou de réconciliation, le Royaume est là.

Jean Baptiste, voix de la promesse

Tout commence au désert. Jean Baptiste entre en scène. Il inaugure un temps nouveau, le temps de l’accomplissement de la promesse, de l’Alliance renouvelée. Tout renouvellement demande une conversion du cœur. L’appel de Jean Baptiste est pressant, exigeant. Comment accueillir celui qui vient sans retournement intérieur profond, sans mettre l’amour au-dessus de la volonté de vengeance, le service au-dessus du pouvoir, la pauvreté au-dessus de la richesse ? Jean est un passeur vers le monde nouveau, le royaume promis et attendu. Il oriente nos regards et nos désirs vers le royaume du Christ, un royaume qu’il a lui-même bien du mal à comprendre du fond de sa prison. En réponse à ses interrogations, Jésus l’invite, à ce moment précis de sa vie, à discerner dans les signes qu’il donne l’accomplissement de la promesse.

Peut-être, comme Jean Baptiste, nous posons-nous des questions ? Devant le spectacle du monde, de ses dérives, de ses violences, nous pouvons nous interroger et interroger notre foi : où sont les changements annoncés ? Dieu a-t-il tenu sa promesse ? Alors, aujourd’hui encore, les textes de la liturgie nous demandent d’ouvrir les yeux, de sortir de tout ce qui peut nous emprisonner pour regarder l’Esprit à l’œuvre dans le monde. Les vrais signes du Messie et du Royaume, souvent cachés, incompris, sont toujours en faveur des malades, des petits, des pauvres. Nous ne pouvons les percevoir que par le cœur. Préfigurations de la guérison définitive, de la victoire de la vie sur toutes les formes de mort, ils sont les signes du Royaume au milieu des misères humaines. Par ses interrogations, Jean Baptiste nous pousse à un acte de foi dans le Christ, Sauveur à l’œuvre dans le monde. Pour le reconnaître, ouvrons nos oreilles, nos yeux et notre cœur : Dieu tient toujours ses promesses.

Joseph, homme de la fidélité

Joseph ne prononce pas un mot. Pour autant, Joseph n’est pas muet. Il occupe le devant de la scène dans l’Évangile de Matthieu. Il est l’homme du silence devant un Dieu qui lui parle au cœur, l’homme de la contemplation des merveilles que Dieu fait pour le monde. Il ne dit rien, mais ses attitudes en disent plus que les mots. Il laisse parler son cœur en aimant Marie ; il laisse parler sa foi en accueillant le dessein de Dieu. Il ne dit rien, mais il écoute la parole que Dieu lui envoie et il devient partie prenante de l’aventure de la rédemption. Son « oui » au plan de Dieu est essentiel ; dans l’histoire du salut, il ne tient pas qu’un petit rôle. Il a entendu la Parole ; il a accepté la mission que Dieu lui donnait. En Joseph aussi, la parole de Dieu est féconde. Elle le fait passer du doute à la foi, d’un événement humain et douloureux qui le bouscule, à une confiance totale en Dieu et en Marie.

À bien lire l’Évangile, nous constatons ceci : à chaque fois que Joseph est cité, sans qu’il le sache, l’Écriture s’accomplit ; à chaque fois que Dieu vient le visiter en songe, le dessein de Dieu s’accomplit. Il nous faut apprendre à contempler Joseph, l’homme transparent d’amour et de foi qui laisse passer la lumière de Dieu, sans jamais lui faire obstacle. Il disparaît dans le silence pour que Dieu apparaisse en Jésus, et nous manifeste son amour. Joseph nous invite à entrer, à sa suite, dans le mystère de l’amour de Dieu qui met au monde le Christ dans notre histoire.

Belle figure évangélique que celle de Joseph. Ses lèvres ne parlent pas, mais il laisse la parole de Dieu l’engendrer à la vie, à la vraie vie, celle de la confiance, de l’intériorité, du choix de Dieu et de son mystère.

La Vierge Marie, arche du salut

Parmi les quatre témoins privilégiés qui annoncent la promesse et nous aident à célébrer la venue du Sauveur, Marie se fait la plus familière. À elle seule, elle représente l’Église qui accueille son Sauveur. Elle reçoit, pour le monde, l’annonce de l’amour de Dieu, de sa fidélité à sa promesse : « Réjouis-toi, Marie, le Seigneur est avec toi. […] Sois sans crainte, tu as trouvé grâce. » Marie se trouve associée à la promesse et au programme du salut : « Tu vas concevoir et enfanter un fils : tu lui donneras le nom de Jésus » (Lc 1, 30-31).

Pour servir Dieu, Marie avait sans doute un projet à elle. Mais, face à la demande de l’ange, elle n’hésite pas et dit sa disponibilité à un autre projet : celui de Dieu. Non seulement, elle devient celle qui porte la promesse, mais elle est aussi celle qui met au monde Jésus, visage du Père. Par son humble disponibilité, elle témoigne de la foi. Pour se réaliser, la promesse a besoin d’une foi humble et de cœurs disponibles. Alors, en elle, le Verbe se fait chair. Désormais, accompagnée par l’Esprit Saint, elle ne peut qu’approfondir le mystère de cette incarnation.

Pendant l’Avent, Marie nous conduit, nous aussi, à approfondir chaque jour la vérité centrale de la Révélation : Dieu est amour et il aime tellement l’homme qu’il s’incarne pour lui offrir le salut. Par sa foi priante, Marie nous aide, non seulement à préparer nos cœurs à la venue du Seigneur en gloire, mais surtout à goûter et savourer le mystère de la charité de Dieu pour nous. De cette méditation ne peut que jaillir, dès avant Noël, notre action de grâce pour l’amour immense d’un Dieu qui ne veut que notre bonheur, et pour l’incarnation du Fils, suprême mystère d’amour.

En Marie, humble fille d’Israël, s’accomplit la promesse annoncée par Isaïe et par Jean Baptiste, et portée par la foi silencieuse de Joseph. Comment ne pas contempler longuement ces quatre figures pour faire nous aussi de nos cœurs des demeures pour le Christ qui vient, non seulement à Noël, mais dans sa gloire.

©MGF no 325, décembre 2019

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Serge Kerrien

Ancien directeur adjoint du SNPLS, diacre permanent du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, Serge Kerrien porte le souci de la formation liturgique.

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