Chaque temps liturgique a sa couleur propre. Mais l’Avent partage avec le Carême la sienne, le violet. Toutefois, nous le savons bien, malgré cette identité chromatique, ces deux périodes ne nous préparent pas spirituellement à célébrer le même événement. Il n’en reste pas moins qu’historiquement le cycle de l’Avent et de Noël s’est constitué plus tard que celui du Carême et du temps pascal ; et, le premier – à l’image du second, paradoxalement – a pris une dimension pénitentielle, sans toutefois conserver de jeûne. Rituellement, il ne connaît pas le chant du Gloire à Dieu, tout en maintenant l’acclamation de l’Alléluia.
Ces similitudes et ces différences soulignent bien que si l’Avent possède son orientation liturgique propre, celle-ci se vit et se célèbre à la lumière du mystère pascal, mystère de mort et de vie indissociablement liées dans la Pâque du Christ, immolé et ressuscité pour nous. Comme le résume le Missel romain, « le temps de l’Avent se présente comme un temps de l’attente pieuse et joyeuse. […] Ce temps a une double caractéristique : c’est à la fois un temps de préparation aux solennités de la Nativité, où l’on commémore le premier avènement du Fils de Dieu parmi les hommes, et un temps où, par ce mémorial, les âmes se tournent vers l’attente du second avènement du Christ à la fin des temps.[1] » On comprend alors aisément que les chants retenus pour l’Avent ne peuvent être ceux habituellement chantés pour d’autres temps liturgiques ni encore moins des chants passe-partout entendus à longueur d’année. Dès lors, comment choisir des musiques et des chants liturgiques « revêtus » eux aussi des caractéristiques propres et singulières à cette période ?
Chants aux couleurs de l’Avent
Ainsi, dès le premier dimanche de l’Avent, devons-nous nous demander quel texte et quelle musique feront s’élever notre âme vers le Seigneur (cf. Ps 24, 1-4), dans l’attente de son salut ? Quel choral nous fera annoncer la venue de celui qui vient pour tout sauver ? Quel chant contribuera à préparer en nous, au fil des dimanches, les chemins du Seigneur, à aplanir la route pour son avènement ? Quelle hymne, à l’image de la couronne d’Avent qui s’allume de dimanche en dimanche, creusera en nous ce temps du long désir pour nous faire découvrir combien Dieu est présent dans notre attente, et ainsi mieux tenir dans l’espérance de sa venue parmi nous ? Quels mots sèmeront en nos cœurs les semences du Verbe, afin qu’à l’instar de la Vierge Marie, nous soyons porteurs de sa parole ? Quelle antienne répandra en nos cœurs, telle une douce rosée, la miséricorde du divin Sauveur ? Quelle mélodie nous rendra davantage porteurs de cet amour plus fort que la mort, venu en notre chair pour nous rendre l’espoir d’un monde plus fraternel ?
Enjeu pour notre vie spirituelle
Rien qu’à travers ces quelques questions, nous apercevons déjà combien un choix véritablement éclairé par l’intention liturgique de l’Église pour célébrer et vivre l’Avent contient un enjeu essentiel. Car, pendant quatre semaines, ces chants judicieusement discernés auront pour mission de contribuer, pour leur part, à l’action liturgique, en tournant les cœurs des fidèles vers la venue de « Celui qui est, qui était et qui vient », mais aussi en les préparant à fêter et à actualiser son incarnation, avec le temps de Noël, où déjà le mystère rédempteur s’annonce : la grotte préfigure le tombeau ; les langes, le linceul ; la myrrhe, l’embaumement, etc. ; et les martyres d’Étienne (26 décembre) et des saints Innocents (28 décembre) évoquent déjà la passion de Jésus de Nazareth.
Bien plus, au-delà d’un simple souci de conformité rituelle, il s’agit surtout de permettre à chacun d’entre nous et à nos communautés ecclésiales de nourrir, grâce aux chants spécifiques à ce temps liturgique, les attitudes spirituelles qui nous feront « grandir dans la capacité de vivre pleinement l’action liturgique » et « dans notre connaissance du mystère du Christ, en plongeant nos vies dans le mystère de sa Pâque, dans l’attente de son retour dans la gloire[2] » pour pouvoir chanter toujours plus en vérité : « Venez, divin Messie… Vous êtes notre vie ! »
[1]. Pape François, lettre apostolique Desiderio desideravi, Rome, 2022, nos 31 et 64.
[2]. Missel romain, Normes universelles pour l’année liturgique et pour le calendrier (1969), no 39.
©MGF 385, décembre 2024






