La Confirmation

Le 1 mai 2026

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La Confirmation (1636-1642), Nicolas Poussin (1594-1665)

Nicolas Poussin est un véritable géant : « Le plus grand peintre français », selon Pierre Rosenberg, pierre angulaire de toute l’évolution postérieure de l’art français ; et pourtant, sa carrière est essentiellement romaine.

Un peintre érudit

Né dans une famille normande, formé dans l’atelier de Quentin Varin (v. 1570-1634), il gagne Paris où il travaille peut-être aux côtés du portraitiste Ferdinand Lallemand et parfait sa formation en étudiant les collections royales. Il fréquente les peintres de sa génération, notamment Philippe de Champaigne (1602-1674), et des cercles érudits, dont celui du poète attitré de la reine mère, Giambattista Marino, dit le Cavalier Marin (1569-1625), grâce auquel il est introduit dans les milieux lettrés et cultivés de Rome, où il s’installe en 1624. Rapidement, il se spécialise dans des tableaux de chevalet célébrant l’Antiquité et destinés à une clientèle d’amateurs éclairés, dont le secrétaire du cardinal Francesco Barberini, Cassiano Dal Pozzo (1588-1667). En quelques années, le peintre affine sa manière, défendant l’idée que l’art pictural est cosa mentale, c’est-à-dire œuvre intellectuelle. C’est au milieu des années 1630 qu’il reçoit de son principal mécène, Cassiano Dal Pozzo, la commande d’un ensemble très ambitieux célébrant la foi chrétienne : les Sept Sacrements. Le dernier tableau n’est terminé qu’en 1642. À cette époque, Poussin est à Paris où l’a rappelé Richelieu, désireux de le voir passer au service du roi. On lui demande, en vue d’une tapisserie, une copie de cette œuvre qui consacre son talent de peintre d’art sacré : il refuse et rentre à Rome, qu’il ne quittera plus avant sa mort, survenue en 1665. La série destinée à Cassiano Dal Pozzo, enfin complète, est exposée dans le palais romain du mécène, Via dei Chiavari, dans une salle dédiée, dite « des Sacrements ». Cependant Poussin est à nouveau sollicité pour copier la série, dont on louait la beauté, cette fois par un collectionneur parisien, Paul Fréart de Chantelou (1609-1694). Le peintre décline, à nouveau, la copie et propose une nouvelle série sur le même thème, qu’il débute en 1644 et achève en 1648.

« La plus belle intelligence de l’art »

Félibien, des années plus tard, soulignait encore que les tableaux « sont exécutés dans la plus haute idée qu’un peintre puisse avoir de la dignité des sujets qu’ils traitent et dans la plus belle intelligence de l’art ». Aujourd’hui présentée à Édimbourg (National Galleries of Scotland) grâce à un dépôt du duc de Sutherland, la seconde série prouve combien, en quelques années, sa manière a gagné en précision et en érudition archéologique. La première version montrait cependant déjà une très bonne connaissance de l’Antiquité : Poussin met en scène le rite de la confirmation dans un cadre architectural qui évoque les sanctuaires paléochrétiens, une basilique dont les murs sont rythmés de pilastres cannelés. Une foule se presse, des femmes surtout, mais aussi quelques hommes, pour présenter des enfants à deux hommes, l’un assis, vêtu d’un pallium blanc, et l’autre debout, vêtu de jaune, qui leur imposent les mains. Il est tentant de voir dans cette scène une référence aux Actes des Apôtres qui relatent que Pierre et Jean furent envoyés en Samarie pour que les baptisés reçoivent, par l’imposition de leurs mains, l’Esprit Saint (cf. Ac 8, 14-17). Poussin montre aussi dans cette œuvre qu’il possède une parfaite connaissance des traditions chrétiennes et des préceptes du concile de Trente. L’enfant qui figure au second plan, recevant l’onction de l’Apôtre debout, a atteint, comme le recommandait le catéchisme de l’après concile de Trente, « l’âge de discrétion. Et ainsi, quoiqu’il ne faille pas attendre qu’ils [les enfants] aient douze ans, il est bon néanmoins qu’ils en aient sept accomplis ». C’est une « représentation générique du sacrement au temps de l’Église primitive » qui est figurée, comme le commentait Nicolas Milovanovic dans le catalogue de l’exposition Poussin et Dieu, en 2015.

La confirmation, « Pentecôte dans notre vie »

Le cycle des Sept Sacrements peint pour Cassiano Dal Pozzo a connu bien des vicissitudes. Acquis par le duc de Rutland, en 1785, il est incomplet, depuis la perte de la Pénitence lors de l’incendie survenu dans le château de Belvoir, en 1816, mais aussi dispersé entre plusieurs musées (Washington, Fort Worth, Londres, Cambridge, Abu Dhabi), au gré des ventes successives, la dernière étant celle de la Confirmation, en 2025. Au-delà de l’actualité de sa vente, cette œuvre est passionnante pour le choix iconographique de Poussin : il s’efforce d’être au plus près de ce que l’on connaissait alors de la tradition paléochrétienne, tout en faisant discrètement référence à l’eucharistie par les figures du groupe de droite qui évoquent un tableau que le peintre admirait particulièrement, la Dernière communion de saint Jérôme du Dominiquin (Vatican).

Le pape François précisait, dans une audience de 2024, que si l’histoire du sacrement de la confirmation était complexe, son explication par le Catéchisme pour adultes de la Conférence épiscopale italienne méritait d’être rappelée : « La confirmation est pour chaque fidèle ce que la Pentecôte a été pour toute l’Église. […] Elle renforce l’incorporation baptismale au Christ et à l’Église et la consécration à la mission prophétique, royale et sacerdotale. [Le sacrement] communique l’abondance des dons de l’Esprit […]. Si donc le baptême est le sacrement de la naissance, la confirmation est le sacrement de la croissance. De même, elle est aussi le sacrement du témoignage, car celui-ci est étroitement lié à la maturité de l’existence chrétienne. » Puissions-nous, en vertu de l’onction du saint chrême que nous avons reçue au jour de notre confirmation, « Pentecôte dans notre vie » (Mgr Aillet), raviver sans cesse le don de Dieu et être des « porteurs de la flamme de l’Esprit ».

Sophie Mouquin
Maître de conférences en histoire de l’art moderne à l’université de Lille.

Bibliographie

–  Alain Mérot, Poussin, le peintre et le poète, Paris, Klincksieck, coll. « Les mondes de l’art », 2022.

–  Nicolas Milovanovic et Mickaël Szanto (dir.), Poussin et Dieu, cat. exp., Paris, musée du Louvre, 30 mars – 29 juin 2015, Malakoff/Paris, Hazan/Louvre éditions, 2015.

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