dimanche 10 mai
6e dimanche de Pâques

Le Christ et les Apôtres, 1860.
Jésus, Moïse et le Paraclet
Père Philippe Lefebvre
Ce chapitre de l’Évangile de Jean déploie une méditation trinitaire élaborée. Le Fils parle du Père qui enverra un Défenseur – le Paraclet, si l’on veut adapter en français le terme grec que notre Évangile propose. Ce Paraclet est l’Esprit de vérité. Le paraklètos, en grec, désigne la personne que l’on « appelle près de soi » (verbe parakaleïn) afin qu’elle nous aide, qu’elle nous défende, en particulier lors d’un procès. Dans l’antique traduction grecque de l’Ancien Testament, la Septante, une des premières apparitions de ce verbe se trouve dans le grand cantique de Moïse, à la fin du Deutéronome (32, 36) : Le Seigneur jugera son peuple et en faveur de ses serviteurs, il se laissera appeler (verbe parakaleïn), autrement dit : « Il se fera paraclet. »
Si l’on mentionne ici le cantique de Moïse et son Dieu paraclet, c’est aussi parce que ce magnifique chapitre commence par des propos qui ne sont pas étrangers à notre texte d’Évangile. En effet, au début de son chant, Moïse loue le Seigneur et lance ceci en s’adressant à son peuple : N’est-ce pas lui, ton père, qui t’a créé ? (Dt 32, 6). C’est la première fois dans la Bible que Dieu est appelé « père ». Certes, le Seigneur s’est montré paternel depuis le début du texte biblique, mais le titre explicite de « père » lui est donné ici. Moïse dévoile donc Dieu comme un Père pour son peuple ; et ce peuple-fils, dont Moïse est lui-même comme l’incarnation, apprend bientôt que Dieu est un paraclet. Le Dieu trinitaire n’est pas une invention des chrétiens : des chemins multiples dans l’Ancien Testament nous conduisent depuis longtemps vers cette découverte et ce mystère.
Se laisser glorifier par le Père
Ce mystère, justement, n’est pas une sorte de réalité secrète, réservée à des initiés ; il n’est pas non plus la connaissance d’une divinité que l’on adorerait sans avoir part à ce qu’elle est. C’est l’inverse, le Christ se propage, se diffuse : « Je suis en mon Père, […] vous êtes en moi, et moi en vous. » Là encore, Moïse appartient aux précurseurs de ces propos intenses. Souvenons-nous, il n’a pas seulement été appelé par Dieu afin d’agir auprès de son peuple ; Moïse manifeste dans sa chair à quel point Dieu lui est présent, intimement. Souvenons-nous de ce passage où, après avoir parlé avec Dieu, Moïse sort de la tente du rendez-vous et il ne savait pas que son visage rayonnait de lumière depuis qu’il avait parlé avec le Seigneur (Ex 34, 29). On ne s’étonnera donc pas que, dans l’Évangile de Jean, Moïse soit mentionné dès le premier chapitre : La Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ (Jn 1, 17). Il n’y a pas d’opposition entre les deux étapes, mais un chemin d’accomplissement. Ce que Moïse a vécu et ce dont il a témoigné, c’est l’intimité avec le Père que le Christ révèle dans sa plénitude : « Je suis dans mon Père, […] vous êtes en moi, et moi en vous. » n
Découvrez après les lectures de la messe notre suggestion de prière universelle. Ces intentions sont à adapter en fonction de l’actualité et de l’assemblée qui célèbre.

Bonne fête ! Solange, Gordien, Job, Jean (d’Avila)






