Les trésors de la rédaction

La prière, ce trésor caché

Par Sœur Catherine Aubin

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La parabole du trésor caché révèle une richesse insoupçonnée : la prière. Elle invite à la conversion du cœur pour accueillir la présence de Dieu et répondre à son appel.

Qui, parmi nous, n’a pas, un jour, rêvé de trouver un trésor dans un coffre enfoui au fond d’un grenier ou d’une cave ? Et, le trouvant, imaginer pouvoir changer de vie, transformer le monde, voire imposer sa domination ? Les trésors sont objets de convoitise, d’envie, mais aussi de désir. Jésus, quant à lui, nous propose un trésor, sans pourtant le décrire ou en préciser le contenu. Il évoque simplement un trésor qu’un homme découvre dans son champ, mais qui bouleverse sa vie (cf. Mt 13, 44).

Labourer son champ

La terre à labourer ou à cultiver est souvent dans l’enseignement de Jésus le symbole qu’il utilise pour nous conduire vers autre chose. Ainsi, pour parler de l’écoute, Jésus s’appuie-t-il sur la semence largement dispersée qui pousse dans des sols différents (cf. Mc 4). Imaginons que l’homme qui trouve le trésor dans son champ est le même que celui qui laboure ces différents terrains et jette la semence ? Sur le bord du chemin, les oiseaux prennent la semence qui se trouve ainsi « envolée » dans leur bec. Or, s’envoler, c’est d’une certaine façon se laisser soulever au gré du vent, ou pour le dire autrement, c’est laisser aller son imagination, ne pas se souvenir, ne pas mémoriser et finalement oublier. Nous qui sommes le cultivateur de notre champ, nous avons laissé s’envoler une partie du trésor. Plus loin, le terrain rocheux sans terre à labourer, c’est un peu la pierraille de notre cœur avec ces fermetures, ces cloisonnements et ces certitudes. Et aux pierres s’ajoutent les épines, les chardons, tout ce qui pique et qui fait mal, à nous-mêmes et aux autres. Dans cet endroit-là, le trésor est inaccessible. Mais vient la bonne terre, celle qui se laisse retourner jusqu’à laisser voir « le » trésor. Le retournement du sol et le travail laborieux parlent d’une conversion intérieure qui a creusé en l’homme un espace, une béance, un vide que Dieu peut remplir.

Des vases d’argile pour un trésor

Alors, tout peut commencer : « Fais-toi capacité – disait le Père à sainte Catherine de Sienne – et je me ferai torrent. » Le voici notre trésor : nous sommes priés, nous sommes choisis, nous sommes désirés par Dieu lui-même. Et nous pouvons commencer à lui répondre, c’est-à-dire à prier à notre tour. Le trésor que nous cherchons tous, c’est la prière, ce dialogue où nous sommes priés et où nous prions. Créés pour prier, tant que nous n’avons pas trouvé la source de la prière, nous faisons semblant d’être riches, de posséder quelques biens ou savoirs, alors que nous sommes pauvres et mendiants. Ce qui nous attire et nous saisit, c’est le trésor de la prière ; trésor par lequel nous devenons qui nous sommes : aimés et aimables, désirés et désirables, c’est-à-dire image et ressemblance de Dieu.

De ce trésor de la prière, enraciné au fond de notre conscience spirituelle, jaillit l’appel intérieur divin qui nous est adressé en permanence ; de même que nous parlons pour être écoutés, nous prions parce que nous sommes appelés et choisis depuis toujours et pour toujours.

Celui qui nous appelle, nous invite et nous prie veut nous révéler son Nom : Je suis qui je suis… avec toi (cf. Ex 3, 14). Ce nom de Dieu est promesse de présence, de rencontre et de miséricorde. « En moi une eau vive murmure et chuchote en mon cœur : “Viens vers le Père” », écrivait saint Ignace d’Antioche[1]. Ce Père des lumières est le même qui fait resplendir en nos cœurs le trésor lumineux de la prière. À nous de le chercher, de partir, d’abandonner ce qui n’est pas l’essentiel et de persévérer pour posséder cette richesse – trésor, source ou perle –, lien désirable qui nous unit à Dieu. Dans le mouvement de la prière, Dieu nous attire à lui tandis que nous marchons vers lui, ou pour le dire autrement, dans le profond mystère de la prière nous attirons Dieu à nous[2].

Au cours de notre vie, certaines personnes ou des saints nous ont impressionnés par leur découverte de ce trésor : ils l’ont cherché, l’ont désiré et l’ont habité, si bien que leur vie est devenue prière vivante. Si notre cœur s’enflamme en leur compagnie, il est temps de tout lâcher et de creuser le champ de notre cœur pour y découvrir le trésor de la prière car Dieu peut réaliser, par la puissance qu’il met à l’œuvre en nous, infiniment plus que nous ne pouvons demander ou même concevoir (Ep 3, 20).


[1]. Lettre aux Romains.
2]. Cf. Matta el-Maskîne, L’Expérience de Dieu dans la prière.


©MGF no 262, Septembre 2014

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Sœur Catherine Aubin

Sœur Catherine Aubin est dominicaine. Parmi ses ouvrages, Les Fenêtres de l’âme, aimer et prier avec ses cinq sens.

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