Alban de Chateauvieux
Fêtée le 2 juillet

« Laissez venir à moi les petits enfants », cette parole de Jésus (cf. Mt 19, 14) résume à elle seule la vie d’Eugénie Joubert qui cultiva une spiritualité de la petitesse et se dévoua sans compter au service de la foi des plus petits. Née en 1876 dans une famille où ses parents ne lui témoignent guère d’affection, elle se distingue pourtant par une joie communicative – un trait qui lui restera toute sa vie. À 19 ans, elle répond à l’appel du Christ en entrant chez les sœurs de la Sainte-Famille-du-Sacré-Cœur, une congrégation apostolique d’inspiration jésuite fondée quelques années auparavant au Puy-en-Velay, tout à côté de chez elle ; puis elle est envoyée à Aubervilliers dans une maison consacrée à l’évangélisation des ouvriers. C’est là, dans sa mission de transmission de la foi aux plus pauvres, qu’elle va donner toute sa mesure.
Une catéchiste de feu
À peine arrivée, on lui confie le catéchisme des « insupportables », les enfants dont les talents de perturbateurs mettent à bout bien des religieuses. Étonnamment, en quelques séances, ils se laissent apprivoiser par celle qu’ils appellent leur « petite sœur ». Elle se met à leur hauteur, elle puise dans le cœur de Jésus des trésors de patience et de charité, elle se place sous la protection de Marie. Mieux encore – et c’est ce qui achève de convaincre les plus récalcitrants –, il est visible qu’elle croit et vit ce qu’elle enseigne. Plus que de faire le catéchisme, il s’agit pour elle d’être catéchiste par toute sa vie, une intuition qui résonne avec le rétablissement de ce ministère par le pape François.
La « petite Thérèse de Belgique »
Cette réussite apostolique – les enfants eux-mêmes se mettent à en attirer d’autres au catéchisme – s’enracine dans une spiritualité profonde qui n’est pas sans rappeler celle de Thérèse de Lisieux. On retrouve la même insistance sur la petitesse, sur l’abandon, sur le souci constant de plaire d’abord au Seigneur : dès son noviciat, « Pourvu que Jésus soit content » fut son mot d’ordre. Comme Thérèse, elle visait la sainteté dans l’ordinaire du quotidien : « Ce n’est jamais petit, ce que l’Amour demande. » Après cinq années passées à Aubervilliers, elle est envoyée dans un quartier populaire de Liège. Mais quelques mois plus tard, elle ressent les premiers symptômes de la tuberculose et doit rejoindre l’infirmerie. Là se déploie le versant contemplatif de sa vie religieuse. Ses notes spirituelles, souvent rédigées sous la forme d’un dialogue, témoignent de l’union de son cœur au cœur de Jésus. La joie ne la quitte pas. À la fin de sa vie, quand on lui annonçait une nouvelle, bonne ou mauvaise, elle avait l’habitude de répondre : « Ô bonheur ! » parce qu’elle y voyait toujours une occasion d’union à Jésus. Décédée le 2 juillet 1904, elle est béatifiée quatre-vingt-dix ans plus tard par Jean-Paul II qui résume, en une phrase, et la spiritualité dont elle vivait et la mission de catéchiste qui l’animait : « Le royaume du Christ peut commencer dans le cœur d’un enfant. » n
À l’écoute d’Eugénie Joubert
Mes emplois me paraissent difficiles, les aridités, les sécheresses, les désolations envahissent mon oraison, tous mes exercices de piété… Ici encore, pourquoi ne pas imiter le petit enfant ? Il est enveloppé de langes, il ne peut même faire un mouvement pour aller à sa mère ; en cet état d’impuissance absolue que fait-il ? Eh bien ! il ouvre ses petits yeux, et il regarde sa mère… Je veux imiter ce petit enfant : lorsque je ne pourrai aller à Dieu par les douceurs de sa consolation, que tout me semblera noir, triste, ténébreux, que je ne verrai et ne comprendrai rien, j’ouvrirai les yeux de mon cœur au moyen de l’esprit de foi, et je regarderai Jésus, car il est là.
Sœur Eugénie Joubert, religieuse de la Sainte Famille
du Sacré-Cœur, éd. P. Lethielleux, imprimatur 1911, p. 99
(Guillaume Vanier, diplômé en théologie, est libraire à La Procure.






