Les trésors de la rédaction

Les premières basiliques chrétiennes

Par Père Bruno Martin

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A l’origine édifice civil, la basilique a répondu au besoin croissant de lieux de culte des communautés chrétiennes du IVe siècle.

« Basilique » est un terme qui évoque pour nous ­naturellement un lieu de culte chrétien. À l’origine, c’est pourtant un édifice civil que les chrétiens, à partir du IVe siècle, se sont approprié.

Un lieu adapté aux besoins des communautés

Comme on l’a vu, les premières assemblées chrétiennes se tenaient dans des maisons particulières. Mais avec le temps, les communautés devenaient toujours plus nombreuses et les maisons, trop petites ! Lorsque, en 312, l’empereur Constantin autorisa officiellement le christianisme, les chrétiens se trouvèrent désormais libres d’imaginer des édifices à leur usage, autres que des édifices funéraires. Il était hors de question d’imiter les temples païens, d’abord pour éviter tout syncrétisme, mais surtout parce qu’ils étaient inadaptés aux besoins des ­communautés. Un temple, c’est une petite chambre carrée, la cella, où se trouve la statue du dieu ; elle est entourée d’une colonnade et d’un vaste espace ouvert où se déroulent les sacrifices ; mais on ne peut pas s’y rassembler. Le temple est la maison du dieu. Les chrétiens, eux, ont besoin d’un édifice qui soit la maison de l’assemblée, ecclesia, l’Église. Un modèle était déjà fourni par les synagogues, de simples salles où l’on venait écouter la proclamation de l’Écriture, comme Jésus l’avait fait à Nazareth (cf. Lc 4, 17s.). Mais le monde antique possédait un type de construction beaucoup plus vaste, harmonieux et simple de conception, et qui répondait parfaitement aux critères de la célébration chrétienne : la basilique.

De la salle royale à l’édifice chrétien

Basilikos, « royal », c’est à l’origine le simple adjectif grec dont on qualifiait des édifices civils dont le caractère monumental emportait l’admiration. Il a fini par désigner, dans le monde latin, un type bien particulier de construction, sorte de marché couvert sur plan rectangulaire, que des files de colonnes séparaient en trois ou cinq nefs. Cet édifice se prêtait à de multiples usages, comme nos « salles polyvalentes » : en l’absence de bourse ou de palais de justice, il devenait le lieu des commerçants et des plaideurs. Pour les chrétiens, l’édifice s’adaptait parfaitement. Les nefs accueillaient les fidèles, que l’on pouvait répartir par catégories : hommes et femmes séparés, catéchumènes, pénitents. La plupart de ces constructions se terminaient, sur le côté opposé à la façade, par une ou plusieurs absides, plus ou moins surélevées ; c’est là que siégeaient le juge et ses assesseurs, tandis que plaideurs et avocats parlaient depuis de petites tribunes, que l’on appelait « ambons » ou « pupitres ». Rien de plus simple que d’adapter cet espace au culte chrétien, le siège central du juge devenait la cathèdre de l’évêque, la banquette des assesseurs, l’endroit où s’asseyait le presbyterium ; diacres, sous-diacres et assemblée restaient debout. N’oublions pas que, dans l’Antiquité, le maître enseigne assis devant des auditeurs qui sont debout. La cathèdre de l’évêque, c’est la chaire d’enseignement ; les prêtres qui l’entourent, et eux seuls, s’assoient, parce qu’ils participent au ministère de l’évêque. Ils ont, comme l’on disait, « l’honneur de pouvoir s’asseoir et le droit d’offrir le sacrifice » : honor sedendi et jus offerendi. Le pupitre d’où parlaient les plaideurs devient l’ambon pour la lecture ; avec le temps, on adoptera des dispositions plus complexes, avec des emplacements différents pour le chant de l’épître et celui de l’Évangile. Généralement, les chantres se plaçaient sur les marches séparant l’abside de la nef : la pièce grégorienne qui se chante encore entre les lectures en a gardé le nom, « graduel », c’est-à-dire ce qui se chante sur les degrés du sanctuaire.

Un élément spécifique : l’autel

Le seul élément qui n’existait pas dans la basilique civile, c’était l’autel, nécessaire pour la célébration eucharistique. Pas question, là encore, de confondre avec les autels païens sur lesquels on offrait aux dieux l’encens ou les sacrifices. Les auteurs chrétiens n’utilisent d’ailleurs jamais le mot ara qui les désignait, mais celui d’altaris, qui a donné directement « autel ». L’autel chrétien, c’est d’abord la table du Seigneur ; il semble bien que les plus anciens aient été de simples tables de bois, qui deviendront rapidement des constructions fixes en pierre – ­spécialement là où ils étaient érigés sur les tombeaux des martyrs.


©MGF 376, mars 2024

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Père Bruno Martin

Le père Bruno Martin, recteur de la cathédrale de Saint-Étienne, enseigne l’histoire de l’Église du Moyen Âge à l’université catholique de Lyon.

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