Les trésors de la rédaction

Un mystère toujours plus grand de beauté et de foi

Par Pierre-Marie Varennes

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L'étonnante histoire de sainte Pétronille, patronne de la France, racontée par Pierre-Marie Varennes.

Précisément située sur la tombe de saint Pierre, au-dessus d’une nécropole au flanc de la colline du Vatican, la première basilique Saint-Pierre de Rome commença d’être érigée dans les années 330, par le premier empereur chrétien, Constantin-le-Grand (272-337). De chaque côté de la façade de la basilique furent conservés deux somptueux mausolées impériaux. Fort à propos, ils furent au cours des siècles suivants transformés en chapelles, l’une dédiée à la fille aînée de saint Pierre, sainte Pétronille, et l’autre à son frère, saint André. Que saint Pierre fut marié et eut des enfants est attesté par les Evangiles : Jésus guérit la belle-mère de Pierre (Mt 18, 15) ; et dans la maison de Pierre à Capharnaüm, Jésus prend un enfant, l’embrasse, le donne en exemple et l’identifie à lui (Mc 9, 33-37). Saint Paul, lui, laisse clairement entendre que, comme les autres apôtres, après la pentecôte saint Pierre est parti en mission en famille (1 Co 9, 5). Cela dit, certains hagiographes avancent que sainte Pétronille n’était que la fille spirituelle de saint Pierre.

Quand en 756 l’Italie centrale est conquise par les Lombards et Rome assiégée, le roi des Francs, Pépin le Bref (714-768), envoie une armée qui défait les envahisseurs. Afin de garantir la sécurité et l’indépendance du Pape, Pépin fait donation au Saint-Siège des terres qui lui revienne par droit de guerre. Elles vont former jusqu’en 1870 les Etats-pontificaux. En remerciement, le pape décerne à la France le titre de « fille aînée de l’Eglise », et il lui donne sainte Pétronille, la fille aînée de saint Pierre, pour patronne. Pour l’attester le pape offre à la France la propriété irrévocable du mausolée-chapelle Sainte-Pétronille.

450 ducats d’or

A l’instar de Charlemagne (v.742-814), Louis XII (1462-1515), « le père du peuple », entretint la plus grande dévotion à sainte Pétronille. Il forma le projet d’orner le mausolée-chapelle de Rome d’une piéta. A cet effet, il demanda à son ambassadeur auprès de Saint-Siège, le cardinal Lagraulas, de recruter le meilleur artiste qui soit pour exécuter l’œuvre. Cependant, il exigea que le lauréat acceptât de renoncer au style italien pour adopté le style français tout de simplicité, sans putti ni autres fioritures. Les artistes sollicités refusèrent cette condition et le cardinal dû se rabattre sur un jeune sculpteur florentin de 23 ans qui ne dédaigna pas les 450 ducats d’or qui lui furent proposés. Il respecta si bien les conditions stylistiques mises par Louis XII qu’il réalisa (en 1499) un chef d’œuvre insurpassable : son nom était Michelangelo Buonarroti (1475-1564).

Henri II au bord du schisme

En 1554, dans le cadre de l’aménagement de la nouvelle basilique Saint-Pierre, le pape Jules III fait détruire les deux chapelles mausolées, sans égard pour le roi de France Henri II (1519-1559) avec lequel les relations se sont détériorées, au point qu’il a lancé contre lui l’anathème, le poussant au bord d’un schisme à la Henri VIII (1491-1547) d’Angleterre. Les relations s’étant apaisées, sainte Pétronille et la France se virent offrir une chapelle dans la nouvelle basilique, la première située à droite de l’autel principal qui surplombe le tombeau de saint Pierre. Cette chapelle est territoire français et aujourd’hui encore la République française en assure l’entretien. On peut venir y prier devant le sarcophage de la fille aînée de saint Pierre, pour que la Fille aînée de l’Eglise demeure fidèle aux promesses de son baptême. La piéta elle, a été placée dans la première chapelle à droite de l’entrée de la basilique. Notons que de droit elle appartient toujours à la France.

Le vœu de Louis XIII

Sainte Pétronille demeurera patronne principale de la France jusqu’au vœu de Louis XIII (1638), s’effaçant alors devant la Vierge Marie à laquelle le roi promet de consacrer son royaume. Ce n’est pas un hasard s’il promet aussi d’élever un nouveau maître-autel dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, avec sous la croix une pietà monumentale. Son fils Louis Dieudonné réalisera ce vœu à partir de 1708. A noter que vœu de Louis XIII avait force de loi. Cette loi a été abolie par le roi Louis Philippe, en 1831. Ce qui n’empêchera pas, le pape Pie XI, en 1922, de confirmer Notre Dame de l’Assomption comme « patronne principale de la France ». Les patronnes secondaires de la France sont sainte Jeanne d’Arc et sainte Thérèse de Lisieux. Sainte Pétronille est toujours patronne secondaire, mais son culte est tombé en désuétude bien que chaque année l’ambassadeur de France organise une messe pour la France à la chapelle de Sainte-Pétronille dans la basilique Saint-Pierre. De surcroît tous les Présidents de la République en visite à Rome sont tenus par la tradition à faire la démarche de venir s’y recueillir.

La photographie qui orne la couverture de votre Magnificat est de Robert Hupka (1919-2001). À l’Exposition universelle de New York en 1964, il a photographié la Pietà de Michel-Ange sous tous les angles, dans différentes lumières, des milliers de fois. « Et ainsi, confia-t-il plus tard, tandis que je consacrais d’innombrables heures à ce travail, la statue devint pour moi un mystère toujours plus grand de beauté et de foi. » C’est que, « pour apprécier une sculpture en ronde-bosse, pour la voir vibrer dans la lumière, il faut tourner autour, le dialogue frontal ne suffit pas ».

Plus on contemple, sous tous les angles, la Pietà de Michel-Ange, plus on retourne en soi-même la question que déjà, du vivant de Michel-Ange, se posait son ami Giorgio Vasari [1] à propos de la sculpture : « Comment main d’artiste a-t-elle pu si divinement accomplir, en si peu de temps [un an], une œuvre aussi admirable ? Cela relève du miracle : qu’un rocher informe ait atteint une perfection telle que la nature ne la modèle que si rarement dans la chair. »

Alors qu’il sculpte ce chef-d’œuvre absolu, le jeune Michel-Ange (il a 23 ans, donc) est encore imbu de l’atmosphère intellectuelle qu’il respire à Florence, avec, comme maître, le célèbre humaniste Pic de la Mirandole, lequel dépeint avec lyrisme la flamme créatrice qui devait animer le jeune sculpteur : « S’élevant de perfection en perfection, l’artiste atteint ce degré où son âme est entièrement unie à l’intellect, et où l’homme devenu ange, enflammé tout entier de cet amour angélique, comme une matière saisie par le feu et transformée en flamme, purifiée de toutes les ordures du corps terrestre et métamorphosée en flamme spirituelle par la puissance de l’âme, volant jusqu’au ciel intelligible, elle se repose dans les bras du Père primordial et y trouve la félicité. » À l’école d’un tel maître, le jeune Michel-Ange se convainquit vite que la contemplation ardente de la beauté humaine avec un cœur pur, et plus sûrement que tout autre motif, permettrait d’élever sa création artistique au rang d’expression du divin. L’homme n’est-il pas l’image de Dieu ? Cela, Vasari l’avait bien compris. Il disait : « L’idée de cet homme extraordinaire a été de tout composer en fonction du corps humain et de ses proportions parfaites, dans la diversité extraordinaire de ses attitudes, et en outre, dans tout le jeu des mouvements passionnels et des ravissements de l’âme. »

Pic de la Mirandole poussait donc son jeune élève à ce que, s’élevant de perfection en perfection, il atteignît ce degré où l’artiste devient ange. Michel-Ange ne s’arrêta pas à ce degré : désireux de se conformer parfaitement à son nom de baptême, il s’évertua à devenir archange. Contemplons donc sa Pietà. Le visage du Christ ne porte les stigmates d’aucune souffrance, celui de la Vierge ne montre aucune tristesse. Mais alors, comment l’artiste peut-il bien, par une représentation aussi peu dramatique qu’invraisemblablement impassible de la pire situation qui puisse échoir à une relation mère-fils, toucher notre esprit et notre cœur d’une atteinte assez profonde pour rejoindre nos questions les plus enfouies sur le sens de notre vie ? Comment l’artiste a-t-il réussi à faire d’un seul bloc de marbre livide, inerte et froid, un cri assourdissant jeté à la face du monde, un cri qui dit tout du drame de la condition humaine et du triomphe de l’Amour sur la mort ?

Peut-être trouverons-nous la réponse dans ce sonnet que Michel-Ange – poète à ses heures – se plut à envoyer à un ami :

— Dis-moi de grâce, Amour, mes yeux voient-ils vraiment
La beauté à laquelle j’aspire, ou bien est-ce
Que je la porte en moi, si bien qu’où je regarde
Son visage sculpté m’apparaît sûrement ?

Tu ne peux l’ignorer, toi qui viens avec elle
Me voler à mon grand déplaisir toute paix.
Pourtant je tiens au plus petit de mes soupirs
Et je ne voudrais pas brûler moins ardemment.

— La beauté que tu vois, oui, elle est vraiment sienne,
Mais elle croît pour s’élever en meilleur lieu
Et pénétrer dans l’âme par les yeux mortels.

Elle y devient divine et pure autant que belle,
L’âme immortelle la voulant semblable à elle,
Et c’est telle qu’alors elle assaille tes yeux [2].


Pietà (1498-1499, détail), Michel-Ange (1475-1564), basilique Saint-Pierre, Vatican. © Photo Robert Hupka, 1975 – Editions Arstella. www.la-pieta.org


(1) Giorgio Vasari (1511-1574). Excellent peintre, ami de Michel-Ange, il est surtout le plus grand historien de l’art de tous les temps, inventeur du concept de « Renaissance ».
(2) Traduction de Pierre Leyris.

Vendredi saint, après le chemin de croix, nous vous suggèrons de vous rendre sur la site de la Pieta.org. Vous pourrez y contempler un florilège des photographies de la Pietá par Robert Hupka.

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Pierre-Marie Varennes

Directeur de la rédaction de Magnificat et auteur de nombreux ouvrages.

Pierre-Marie Varennes

Splendeurs de l'amour

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Chaque matin, plongez au cœur de la lettre apostalique Patris corde.

Chaque soir, prenez le temps de méditer.