« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16, 24). Nos prédécesseurs dans la foi ont entendu cet appel du Christ et ont médité le mystère de la Passion selon des formes qui trouvent leur origine dans les pèlerinages en Terre sainte et dans leur imitation populaire.
Les lieux de la Passion
Dès le début du IVe siècle, alors que la paix de l’empereur Constantin assure la sécurité d’un culte chrétien public, de nombreux croyants entreprennent le voyage à Jérusalem pour y découvrir les « lieux saints » : l’Anastasis qui s’élève au-dessus du tombeau où fut placé le corps de Jésus, le Calvaire proprement dit, le Martyrium abritant l’endroit où, selon la tradition, la vraie croix fut découverte par l’impératrice Hélène, le Cénacle, le sanctuaire de la Sainte Ascension au sommet du mont des Oliviers, la basilique de l’Eleona sur ce même mont, là où Jésus aurait passé les trois dernières nuits avant son arrestation, et enfin le Lazarion à Béthanie. Autant de lieux qui abritent les célébrations de la Semaine sainte, en offrant aux fidèles la possibilité de revivre les événements de la Passion avec plus de réalisme historique.
Au fil des siècles, des initiatives sont prises pour proposer des lieux de la Passion accessibles au plus grand nombre. Dès le Ve siècle sont élevés à Bologne des édifices sur le modèle de lieux saints de Jérusalem et, à partir du IXe siècle, on voit se multiplier en Europe des répliques de l’église du Saint-Sépulcre.
Les scènes de la Passion
À partir du XIe siècle, la dévotion à la Passion du Christ s’imprègne d’un caractère de tendresse qui se développe au fil du Moyen Âge, en particulier grâce à l’influence des franciscains, gardiens des lieux saints. La compassion aux souffrances du Christ s’appuie sur des récits réalistes inspirés des Évangiles, en particulier les Méditations de la vie du Christ, texte rédigé au début du XIVe siècle, qui convoque sept scènes de la Passion. À sa suite, la littérature religieuse voit alors se multiplier les Passions du Christ, dont celle de Ludolphe le Chartreux qui rassemble extraits bibliques, méditations théologiques, et prières liturgiques.
Le nombre de scènes proposées pour la méditation de la Passion oscillera pendant plusieurs siècles, entre sept et quinze, voire vingt-deux ! La pratique du chemin de croix, qui s’affirme vers le XVe siècle, retient sept, onze, douze ou quatorze « stations ». C’est ce dernier nombre qui gagnera définitivement en popularité au XVIIIe siècle dans toute l’Europe, et sera figé par les papes Benoît XIV et Clément XIV à la même époque. Le chemin de croix prendra la forme que nous lui connaissons au début du XIXe siècle.
©Hors-série Magnificat Semaine sainte 2022






