Les trésors de la rédaction

Anges, messe

Par Père Arnaud Toury

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Invisibles mais bien présents, les anges participent pleinement à la liturgie. Messagers, intercesseurs, protecteurs et adorateurs de Dieu, ils unissent leur louange à celle de l’Église.

Si la liturgie est bien « l’exercice de la fonction sacerdotale de Jésus Christ », nous concevons spontanément que ceux qui la mettent en œuvre sont les membres humains de l’Église (assemblée, évêque, prêtres, diacres, lecteurs, servants, chorale, etc.). Pourtant, la liturgie elle-même ne cesse d’affirmer le rôle fondamental et permanent que jouent les anges dans sa réalisation. Prenons ici le cas emblématique de la liturgie de la messe. Que nous dit-elle des anges, de leur identité et de leurs fonctions dans la liturgie ?

Des messagers

Le mot « ange » vient du terme grec angelos qui signifie « messager ». Initialement, ce terme ne désigne pas spécifiquement les anges, tels que nous les concevons, mais le messager, le héraut, celui qui porte la nouvelle : Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager [angelos], celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : « Il règne, ton Dieu ! » (Is 52, 7). Dans le Nouveau Testament, le terme angelos peut donc désigner des hommes, comme c’est le cas pour Jean le Baptiste : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin. Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert (Mc 1, 2.4). Ainsi, dans la liturgie, Jésus lui-même est identifié comme celui dont le nom est proclamé : « Ange du grand conseil » (antienne d’ouverture de la messe du jour de la Nativité, citant Is 9, 5).

La multitude variée des anges

Toutefois, la liturgie, hormis cette unique occurrence, désigne par le terme « anges » les êtres spirituels créés par Dieu, « créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible » (Credo de Nicée-Constantinople). Au fil des préfaces de la prière eucharistique sont exprimés les différents aspects de ces créatures : « la multitude des anges » (4e préface des dimanches du temps ordinaire) ; « les anges et les archanges, avec les puissances d’en haut et tous les esprits bienheureux » (préface du Jeudi saint) ; « et les plus hautes puissances des cieux » (préface de la Trinité) ; « les innombrables créatures des cieux » (4e préface du Carême). Il apparaît que le monde invisible, le « ciel » de Dieu, est riche d’une grande diversité d’êtres angéliques. La liturgie parle du « chœur des anges » (3e préface de la Nativité). La Tradition, s’appuyant sur la révélation biblique, détaille ce chœur en une hiérarchie de neuf catégories, des plus proches des hommes aux plus proches de Dieu : les Anges, les Archanges, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Dominations, les Trônes, les Chérubins et les Séraphins.

Le 29 septembre, en la fête des saints Archanges, la liturgie en identifie trois : Michel, dont le nom signifie « Qui est comme Dieu ? », chef des anges et protecteur du peuple de Dieu (cf. Dn 12, 1) qui lutte contre le Dragon et emporte la victoire (cf. Ap 12, 7) ; Gabriel, dont le nom signifie « Force de Dieu », interprète des visions (cf. Dn 8, 16-17) et messager des annonciations (cf. Lc 1, 19.26) ; Raphaël, dont le nom signifie « Dieu guérit », l’un des sept anges qui se tiennent […] devant la gloire du Seigneur (Tb 12, 15) et identifié par la Tradition à l’ange de la piscine de Bethzatha (cf. Jn 5, 4).

Le 2 octobre, la liturgie célèbre les saints Anges gardiens, nos compagnons et représentants auprès de Dieu (cf. Mt 18, 10). Ils veillent sur nous et sur nos progrès en sainteté. Nous les rejoindrons dans la gloire, lorsque nous serons parvenus à la sainteté. C’est pourquoi la liturgie nous présente constamment les anges en compagnie des saints : « avec la multitude des anges et des saints » (4e préface des dimanches du temps ordinaire) ; « les anges et tous les saints » (Je confesse à Dieu).

Le rôle des anges dans la liturgie

La liturgie de la messe nous présente les anges comme des adorateurs perpétuels de Dieu, par la médiation du Christ : « Par lui, les anges célèbrent ta grandeur, et les esprits bienheureux adorent ta gloire ; par lui s’inclinent devant toi les puissances d’en haut et tressaillent d’une même allégresse les innombrables créatures des cieux » (4e préface du Carême). Ils chantent et proclament sans cesse le Sanctus, l’hymne de la gloire de Dieu (cf. Is 6, 2-3), « le cantique nouveau » (préface du Saint-Sacrement). C’est une hymne toujours nouvelle, à laquelle nous unissons nos voix, de sorte que notre louange rejoigne celle du ciel (cf. préface du 4e dimanche de Carême). De la même manière, nous invitons les anges à exulter avec nous au cœur de la nuit pascale : « Exultez dans le ciel, multitude des anges ! Exultez, célébrez les mystères divins ! » (Exultet de la vigile pascale).

Les anges font partie de nos intercesseurs auprès de Dieu : « C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Vierge Marie, les anges et tous les saints, et vous aussi, frères et sœurs, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu » (Je confesse à Dieu). Dans les litanies des saints de la vigile pascale, nous demandons : « Saints anges de Dieu, priez pour nous. »

Les anges sont porteurs des prières et des offrandes des fidèles : Un autre ange vint se placer près de l’autel ; il portait un encensoir d’or ; il lui fut donné quantité de parfums pour les offrir, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or qui est devant le Trône (Ap 8, 3). Dans la prière eucharistique I, on demande que l’offrande du Christ et nos offrandes « soient portées par les mains de ton saint ange en présence de ta gloire, sur ton autel céleste ». Cette mention explicite souligne la participation des anges à la médiation du Christ entre Dieu et les hommes.

Enfin, la liturgie attribue aux anges un rôle de protection : « Accorde à ceux qui te prient le bienfait de leur constante protection et la joie de vivre en leur compagnie pour toujours » (mémoire des saints Anges gardiens, prière d’ouverture) ; « permets qu’ils veillent sans cesse à nos côtés, afin que nous échappions aux dangers du présent et parvenions au bonheur de la vie éternelle » (idem, prière sur les offrandes). Ils sont psychopompes, c’est-à-dire qu’ils accompagnent l’âme des fidèles dans le passage de la mort : « Quand viendra l’heure de la mort, qu’il (elle) ne voie pas l’Ennemi triompher, mais, accompagné(e) par tes anges, qu’il (elle) puisse passer dans la vie » (messe pour les mourants, prière après la communion). La liturgie nous assure que les anges sont présents à chaque étape de notre existence spirituelle et qu’ils nous portent dans la prière.

Unis aux anges

La liturgie eucharistique nous rappelle que nous sommes appelés à nous unir aux anges dans la louange divine et la quête de la sainteté. Étonnamment, elle nous dévoile que, d’une certaine manière, nous communions au même pain que les anges, le Christ : « Après nous avoir nourris du pain des anges, Seigneur, donne-nous de te servir par une vie très pure » (mémoire de saint Louis de Gonzague, prière après la communion). Avec les anges, nous participons à l’eucharistie qui nous transforme et nous donne déjà de vivre de la vie des cieux, en communion avec les esprits célestes et les saints.

Compagnons invisibles mais réels de notre cheminement spirituel, les anges nous accompagnent et nous portent. En nous joignant à leur louange, en sollicitant leur intercession et leur protection, nous répondons à l’appel de la liturgie qui nous introduit dès ici-bas dans la réalité du royaume de Dieu, par le Christ, avec lui et en lui.


©MGF no 394, Septembre 2025

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Père Arnaud Toury

Le père Arnaud Toury, prêtre du diocèse de Reims, est délégué diocésain à la pastorale liturgique et sacramentelle, formateur en liturgie et en théologie sacramentelle.

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