Avec la période estivale, le rythme de la prière ou du rassemblement dominical se trouve parfois mis à mal.
Il en est souvent de même tout au long de l’année devant les multiples occupations qui jalonnent notre quotidien. Pourtant, le chrétien est invité à le « sanctifier ». La liturgie lui en donne de multiples moyens, dont les lecteurs de Magnificat deviennent familiers en le parcourant jour après jour. Comme le rappelle saint Augustin : « Les temps sont mauvais, les temps sont difficiles, voilà ce que disent les gens ? Vivons bien, et les temps seront bons ! C’est nous qui sommes les temps ! Tels nous sommes, tels sont les temps. » En inscrivant liturgiquement la prière tout au long du jour, notre quotidien devient celui de la rencontre de Dieu.
Le temps ordinaire de la venue de Dieu
Tout d’abord, le matin ou le soir, la lecture journalière de l’Écriture sainte et la méditation des psaumes invitent à découvrir cette manière, aux formes multiples et variées, par laquelle Dieu vient à la rencontre des hommes. Un jour, il se montre dans la nuée qui ouvre la mer devant le peuple et le fait traverser à pied sec pour échapper aux Égyptiens et à Pharaon (cf. Ex 14). Un autre jour, il le fait entrer en Terre promise, terre ruisselant de lait et de miel (Ex 33, 3). Un autre jour encore, il parle au cœur de l’homme dans le murmure d’une brise légère
(1 R 19, 12). Un autre jour, enfin, il soutient son fidèle dans la détresse et la souffrance, jusqu’à restaurer Job dans sa dignité et son espérance (cf. Jb 42).
Quand quelques minutes de prière font irruption dans le poids du jour, nous voilà ramenés, comme Moïse, devant le buisson ardent, invités par le Seigneur à quitter nos sandales usées par la banalité du quotidien, pour découvrir que le lieu où tu te tiens est une terre sainte (Ex 3, 5). Si c’est bien la présence du Seigneur qui sanctifie toute chose, le travail du jour en est comme son écrin. Il devient l’espace et le temps où Dieu peut accomplir son œuvre grâce à la coopération de chacun. La liturgie quotidienne la plus simple révèle l’irruption continue du salut de Dieu dans notre vie ordinaire.
Accueillir la sainteté de Dieu
Une deuxième facette de cette venue du Seigneur au cœur de l’ordinaire se déploie dans la manière dont les visages des saints et des bienheureux donnent à contempler la sainteté de Dieu. Chaque jour, ils témoignent de la manière dont leur vie quotidienne a été transformée par la douce présence de Celui qui rend brûlant le cœur des disciples sur le chemin d’Emmaüs (cf. Lc 24, 32). Méditant les Écritures, leur vie leur apparut tissée des multiples fils de la mort et de la résurrection du Christ. Le mystère pascal n’est plus alors une idée, mais prend les contours d’une charité qui se fatigue dans le soin des pauvres, d’une annonce dynamique de la Bonne Nouvelle, d’un service de la justice et de la réconciliation. « Dans leur vie, tu nous procures un modèle, dans la communion avec eux, une famille, et dans leur intercession, un appui ; afin que, soutenus par de si nombreux témoins, nous courions jusqu’au bout l’épreuve qui nous est proposée » (1re préface des saints). L’imitation de ces figures de sainteté réside dans ce lent apprentissage à vivre notre vie comme un don. Devenir saint ne se réalise donc pas en accumulant les actions, si bonnes soient-elles, mais en persévérant dans la foi.
La liturgie nous y aide en nous donnant à vivre chaque jour les « signes très sûrs » de l’amour de Dieu (2e préface des saints).
Vivre la sainteté de l’ordinaire
Il serait facile de remplir notre quotidien de multiples exercices spirituels ou liturgiques pour qu’il devienne « plein » de Dieu, pour gagner la certitude que « ordinaire » ne soit pas synonyme de vide ou de rendez-vous manqué. Pourtant, le mystère de l’ordinaire n’est pas de devenir extraordinaire. Bien au contraire, il faut en quelque sorte qu’il se creuse de son ordinaire, de sa banalité pour apparaître comme le moment favorable, le jour du salut (2 Co 6, 2). Dieu travaille patiemment, sans ardeur, mais avec persévérance. Il ne s’arrête jamais, lui qui nous redit sans cesse : Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? (Is 43, 19). Cette nouveauté sans cesse renouvelée est celle de Dieu qui distille sa présence tel un mystère, c’est-à-dire tel un don toujours donné en plénitude et qu’il nous faut accueillir en permanence. Les formes liturgiques de la prière journalière nous apprennent la patience, à la hauteur de celle de Dieu.
Nunc dimittis
Au seuil de la nuit, la liturgie nous fait chanter le cantique de Syméon : Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu [ton] salut ! (Lc 2, 29-30).
À la fois louange et action de grâce, il récapitule le chemin liturgique qu’il nous a été donné de vivre tout au long du jour. Les heures se sont peut-être égrenées sans avoir un sens apparent, c’est pourtant en Dieu qu’elles trouvent leur plein achèvement. Là se tient l’ultime sanctification à recevoir : tout remettre au Père par les mains du Fils dans la puissance de l’Esprit d’amour qui les unit. Nous voilà devenus « saints », non d’une sainteté faite de main d’homme mais forgée par la grâce de Dieu afin d’atteindre l’état de l’Homme parfait, la stature du Christ dans sa plénitude (Ep 4, 13).
©MGF no 369, Août 2023






