La préface de la fête de la Transfiguration nous invite à porter nos regards sur le Christ manifestant sa gloire. Il nous dévoile ainsi qu’il est vraiment Dieu, venu en notre chair, et que nous deviendrons semblables à lui.
Vrai Dieu et vrai homme
L’événement de la Transfiguration est une théophanie, c’est-à-dire une révélation que Dieu fait de lui-même. Comme au baptême de Jésus (cf. Mt 3, 13-17 ; Mc 1, 9-11 ; Lc 3, 21-22), les récits évangéliques de la Transfiguration (cf. Mt 17, 1-9 ; Mc 9, 2-10 ; Lc 9, 28-36) nous présentent une théophanie trinitaire : la voix du Père désigne son Fils, dans la nuée lumineuse de l’Esprit. En réponse, notre action de grâce a, elle aussi, le plus souvent, une dimension trinitaire. Ainsi la préface de la Transfiguration, comme toute prière eucharistique, s’adresse au Père, par le Fils, dans l’unité du Saint-Esprit. Cependant, si toutes les préfaces célèbrent l’œuvre du Père, certaines nous invitent à diriger davantage nos regards vers le Fils, en qui cette œuvre s’est accomplie.
C’est le cas de la préface de la Transfiguration : le motif de notre action de grâce est que le Christ « a révélé sa gloire aux témoins qu’il avait choisis ». Dans la tradition biblique et théologique, le terme de « gloire » désigne la manifestation de la majesté, de la toute-puissance et de la sainteté de Dieu. La transfiguration du Christ est donc la révélation de sa divinité. Pierre, Jacques et Jean sont les témoins oculaires (cf. 2 P 1, 16) de cette réalité, qui dépasse toute connaissance. L’importance de leur témoignage atteste, pour l’Église primitive, que Jésus, leur compagnon et maître, est Dieu (cf. 2 P 1, 1).
Cette théophanie se produit « en son corps semblable au nôtre » : la préface insiste sur la réalité corporelle de cette manifestation glorieuse. Il ne s’agit pas d’une vision spirituelle, intellectuelle ou imaginaire. La Transfiguration est un dévoilement qui s’opère dans la réalité concrète du corps humain de Jésus : « En son corps […] se répandit une splendeur incomparable. » Tout le corps de Jésus révèle ainsi la splendeur de sa divinité. Cela signifie, d’une part, que sa nature divine ne supprime pas sa nature humaine qu’il partage en tout point avec nous, mais qu’elle la transforme. Et, d’autre part, que c’est en son humanité concrète que l’on peut découvrir Dieu : « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9).
L’annonce de la gloire future
La préface précise ensuite le double objectif de cette révélation. En premier lieu, la Transfiguration nous est présentée comme un acte de prévenance de la part du Christ : « Il préparait ainsi le cœur de ses disciples à surmonter le scandale de la croix. » Entendons bien que cette prévenance s’adresse au cœur des disciples plutôt qu’à leur intelligence. Car, comme le suggèrent effectivement les Évangiles (cf. Mt 17, 9 ; Mc 9, 9-10), le sens de cette révélation ne peut être compris qu’à la lumière de la mort et de la résurrection du Christ. C’est sur la croix que la majesté, la sainteté et la toute-puissance de l’amour de Dieu apparaissent de manière éclatante et inouïe : celui que le Père désigne comme son « Fils bien-aimé » (Mt 17, 5 ; Mc 9, 7 ; cf. Lc 9, 35) épouse la condition humaine jusqu’au bout (cf. Ep 5, 31-32). Ne pouvant lui-même être retenu dans les liens de la mort, il révèle, au matin de la résurrection, qu’un avenir divin est offert à l’humanité tout entière.
Tel est précisément le deuxième objectif de la Transfiguration : « Il manifestait que s’accomplirait dans le Corps tout entier de l’Église ce qui déjà rayonnait de manière admirable en lui qui en est la tête. » Autrement dit, la Transfiguration révèle non seulement la divinité de Jésus, mais également la gloire à laquelle nous sommes tous promis, chacun et ensemble. Par notre baptême, nous avons en effet été incorporés à l’Église, ce corps dont il est la tête (cf. Rm 12, 4-5 ; 1 Co 12, 12-27 ; Ep 1, 22-23). Si donc le Christ, tête de l’Église, est entré, par sa mort, sa résurrection et son ascension, dans la gloire divine, alors tout le reste du corps suivra. Le corps de Jésus transfiguré, resplendissant de lumière, nous dévoile ce que deviendront nos pauvres corps mortels : des corps glorieux à son image et à sa ressemblance (cf. 1 Co 15, 42-49 ; Ph 3, 20-21).
©MGF no 369, Août 2023






